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Communication du Bureau des Anciens du 15 juin 2020

Category : Actualités

Chers collègues membres de la Section des Anciens,

Plusieurs mois de pandémie du coronavirus ont grandement modifié les habitudes de vie de la majorité d’entre nous. Si le virus est en recul dans de nombreux pays ce n’est malheureusement pas encore le cas partout et les risques de reprise de la maladie existent malgré les efforts que nous faisons tous en respectant les consignes de nos gouvernements.

Comme vous le savez les fonctionnaires du BIT dans tous les bureaux à travers le monde sont essentiellement en télétravail à leur domicile. Donc l’accès aux bureaux est très limité; il en est ainsi à Genève. Un retour qualifié de « graduel, progressif et échelonné » dans les bureaux est prévu selon les dispositions de l’Avis du Directeur général IGDS No 567 du 28 mai 2020.

Les membres du Bureau (Exécutif) de la Section des anciens n’ont pas pu accéder physiquement à leur bureau du BIT depuis la mi-mars. Toutefois nous pouvons consulter les courriers électroniques dans notre boîte mail (anciens@ilo.org), accéder à l’intranet du BIT et continuer à actualiser notre site web qui est hébergé dans une société extérieure au BIT.

Aussi continuez à nous contacter par mail et courrier postal quand cela est nécessaire, ce dernier étant transmis à un collègue des Anciens. Vous pouvez aussi consulter notre site web (http://www.anciens-bit-ilo.org) où nous postons les informations qui pourraient vous être utiles.

Restez en bonne santé. Nous avons durant cette période enregistré plusieurs adhésions à la Section et constaté aussi que les décès qui nous sont signalé par l’administration ne sont pas supérieurs à ceux de la même période de l’année passée.

Le Bureau des Anciens attend de reprendre ses activités dans son cadre habituel, mais reste à votre disposition, si nécessaire, durant cette période de restriction.

Des salutations cordiales vous sont transmises par les membres du Bureau de la Section des Anciens.


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Crise du Coronavirus : Message du Secrétaire exécutif

Category : Actualités

Chers(ères) collègues retraité(e)s.

 

Tout d’abord il me faut vous souhaiter une bonne santé dans cette période difficile que nous traversons.

 

Comme vous le savez peut-être le personnel du BIT à Genève travaille à présent à domicile en télé-travail. L’accès du bâtiment du BIT à Genève n’est plus possible pour nous les retraités mais les membres du Bureau de la Section des Anciens continuent à communiquer par les réseaux internet et téléphonique.

 

Je voudrais vous conseiller de consulter régulièrement le site de la CAPS et aussi celui de la Caisse des pensions qui donnent des informations régulières. Vous pouvez entrer sur les deux sites en passant par le nôtre (www.anciens-bit-ilo.org). La CAPS y indique notamment que les retraités peuvent continuer à envoyer leurs demandes de remboursement par courrier (voir aussi les 2 notes ci-jointes).

 

La réunion Centenaire du syndicat du 14 mai après-midi est reportée probablement au quatrième trimestre de cette année, la réception offerte par le Directeur général prévue le même jour en soirée étant annulée.

 

En cas de besoin vous pouvez nous envoyer un mail à l’adresse des anciens (anciens@ilo.org), nous consultons régulièrement les messages reçus.

 

Chers(ères) collègues, restons solidaires entre nous et tous ceux qui nous entourent et observons les recommandations de nos Instances publiques.

 

Bien cordialement à tous et à toutes.

 

François Kientzler

Secrétaire exécutif

Section des Anciens du BIT

 


Liens de téléchargement des documents de la CAPS :


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Décès de M. Venkataraman Narasimhan / Message du SG

Category : Actualités

Chère Kamala, chère famille et chers amis de Nari,

Je souhaite vous adresser quelques mots en tant que Secrétaire exécutif de la Section des anciens du Bureau international du travail.

Tout d’abord j’adresse au nom des retraités du BIT mais aussi au nom du Comité du Syndicat du personnel de l’OIT toutes nos condoléances à l’épouse et à la famille de Nari.

Cher Nari. Tu nous as quittés bien rapidement bien que nous avions vu ta santé décliner. Mais nous avons aussi constaté que malgré ta fatigue tu es resté fidèle jusqu’au bout à tes engagements.

En effet, ton engagement auprès de la Section des anciens- retraités du BIT a duré 23 ans; tu me l’as encore rappelé lors de la dernière visite que je t’ai faite vendredi le 13 décembre à l’hôpital.

Nari a commencé sa carrière au BIT en 1969 au Service des achats et des fournitures ; il est resté dans cette unité jusqu’au moment de son départ à la retraite en 1996.

Oui tu as été un militant fidèle dans tes engagements;  tu as été durant toutes ces années trésorier de notre Section. Précédemment tu as aussi été le trésorier du Comité du syndicat durant de nombreuses années étant membre du syndicat depuis 1969. Tu as régulièrement renouvelé ta candidature au Bureau de la Section des anciens et tu viens d’être réélu il y a quelques jours pour la période 2020-2021.

Les retraités du BIT regretteront beaucoup ton absence car tu as incarné la continuité et la fidélité de l’engagement militant et nous devons tous prendre exemple sur toi. Je sais aussi que tes engagements ont été nombreux.

Je voudrais spécialement remercier son épouse qui l’a accompagné durant toutes ces années. Elle venait régulièrement avec lui quand il se déplaçait pour les réunions et j’ai eu souvent l’occasion de partager avec eux le déjeuner.

Chers amis, nous venons de perdre un collègue et ami. Mais son souvenir restera fortement imprégné dans nos coeurs.

Je terminerais par les mots qu’une collègue, ici présente, m’a envoyé quand je lui ai annoncé le décès de Nari. La chose la plus précieuse que vous pouvez donner à votre famille, à vos amis et à vos collègues c’est « votre temps » « your time ». Nari a donné très largement son temps à ses collègues et aux associations auxquelles il appartenait.

Merci Nari pour tout ce que tu as fait pour nous.

François Kientzler
Secrétaire exécutif de la Section des anciens du BIT


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Les singulières mais prodigieuses années du BIT / Marius Viple

Je voudrais ici vous indiquer dans quelles circonstances et comment fut livrée et gagnée cette première bataille du Siège, suivie ensuite de beaucoup d’autres, et qui eut pour résultat d’établir une fois pour toutes l’indépendance et l’autonomie dont le BIT s’est toujours réclamée et qui ne fut plus dès lors sérieusement contestée par personne.

C’était en avril ou en mai 19201. Malgré son insistance pressante2, je n’étais pas encore allé rejoindre Albert Thomas à Londres. Il se trouvait de passage à Paris et rentrait d’une séance agitée de la Chambre des Députés – car il était en même temps que Directeur du BIT, député socialiste, leader d’un grand parti, et il exerçait très sérieusement son mandat. Au cours de notre dîner du soir, il m’informa qu’il en avait assez de voir le BIT se déplacer de Paris à Washington, de Washington à Paris, puis de Paris à Londres et bientôt à Gênes, et qu’il était décidé à faire un coup d’éclat pour installer coûte que coûte ses services à Genève.

« La partie sera rude, me dit-il, car le Secrétaire général de la SdN et ses collaborateurs politiques sont contre Genève. Le Conseil Exécutif de la SdN est également contre et le Conseil Suprème des Allies dirige toute la manoeuvre. J’ai pour moi le Traité de Paix, qui déclare que le siège de la SdN sera établi à Genève, mais qui prévoit également que le Conseil de la SdN peut, à tout moment, décider de l’établir en tout autre lieu. Or, le Président Wilson n’est plus là pour défendre la ville qu’il a choisie. Et il est clair maintenant que les Etats-Unis ne participeront pas à la SdN qu’ils ont pourtant si puissamment contribué à créer. La volonté arrêtée des Gouvernements qui comptent est maintenant de substituer Bruxelles à Genève, car Bruxelles est plus près de Londres et de Paris, et les Cabinets anglais et français entendent bien en profiter pour tenter de prendre le gouvernement des organisations internationales naissantes. Et c’est ce que je suis bien décidé à éviter à tout prix. L’heure est venue pour moi de dénoncer publiquement toutes ces intrigues. » Je te demande auparavant de partir dès demain pour Genève et de me préciser au retour si l’Ecole Thudichum3, susceptible m’affirme-t-on de nous être louée, pourrait être utilisée comme siège éventuel du BIT4. »

Et c’est ainsi que je vins pour la première fois à Genève et que je fis, 48 heures après, rapport à mon ami pour lui confirmer que l’Ecole Thudichum pouvait fort bien, selon moi, être retenue comme installation possible5.

Dès lors, sans délai et sans répit, une inoubliable bataille diplomatique fut livrée. Avec une audace incroyable, qui stupéfie les milieux internationaux, Albert Thomas n’hésita pas à se dresser contre les deux pays certainement les plus près de son coeur, l’Angleterre et la France, puis à combattre publiquement les nouveaux projets du Conseil de la SdN et des Gouvernements de l’Entente. Dans un document officiellement adressé au Conseil d’administration mais distribué à la Presse, il écrivait : « On peut se demander si ce changement de siège n’indisposera pas un certain nombre de puissances qui avaient, dans la fixation à Genève, la preuve d’une entière impartialité. Nous déclarons tout net ne pouvoir sacrifier l’avenir du BIT et sa vie aux hésitations et aux combinaisons du secrétariat de la SdN et du Conseil exécutif.6 »

Timidement, avec beaucoup d’appréhension, la majorité du Conseil d’administration suivit son Directeur7. Genève fut choisie. Le 11 juin, le Secrétariat de la SdN fut informé de cette décision. Quelques jours après, un certain nombre de fonctionnaires restés à Londres vinrent occuper l’Ecole Thudichum8. Au début de juillet, les autres membres de l’équipe improvisée, directeur en tête, qui venaient de participer à la Conférence (maritime) du Travail tenue à Gênes, arrivaient en gare de Genève-Cornavin où ils furent accueillis par les fameux huissiers revêtus du manteau jaune et rouge et salués par les autorités de la ville et du canton qui témoignèrent à Albert Thomas9 la profonde reconnaissance qui lui était due.

Les réactions du Secrétariat de la SdN et du Conseil exécutif furent vigoureuses et leur mauvaise humeur persistante. Des contrats de collaboration, déjà conclus entre les deux organisations internationales naissantes furent dénoncés. Néanmoins, en automne de la même année, la première Assemblée de la SdN, qu’on avait imaginé de convoquer à Bruxelles, fut finalement convoquée à Genève10. C’est à Genève que le Secrétariat de la SdN s’installa d’abord provisoirement, puis définitivement. Par une politique d’audace, conçue et exécutée grâce à un homme politique bénéficiant de moyens et de relations politiques uniques, le BIT avait entraîné toute la troupe. Il avait, au surplus, démontré que l’Organisation internationale du Travail n’hésiterait pas à prendre elle-même ses décisions propres11. C’est de cette première bataille livrée et gagnée que date son indépendance reconnue et son autonomie nécessaire, qui lui furent d’un si précieux secours dans tous les actes de la vie internationale, et plus particulièrement au cours des journées tragiques de l’été 1940, lorsqu’elle décida souverainement de quitter l’Europe pour l’Amérique – décision capitale qui lui a permis de survivre à la guerre.12


Le premier siège à Genève, 1920-1926

Vous connaissez la suite. L’Institut Thudichum se révéla bientôt insuffisant. Ses petites chambres solitaires d’étudiants, autrefois occupées par quelques élèves balkaniques, étaient devenues grouillantes de vie et surpeuplées de collaborateurs recrutés sans concours, tous nommés par choix direct, et qui se révélèrent des fonctionnaires d’élite, travaillant nuit et jour avec passion pour un idéal qui leur était cher. Des baraques en bois furent successivement ajoutées au bâtiment principal. Installation étriquée, installation en meublé, installation de bohémiens, disait Albert Thomas, et qui ne donne pas des organisations internationales nouvelles l’impression de sérieux et de définitif qu’elles doivent avoir pour tous. Des plans furent établis, une propagande discrète faite près de gouvernements amis, des crédits votés et l’ancien palais du BIT construit.13

Seuls ceux qui ont vécu cette atmosphère de création peuvent se la remémorer telle qu’elle fut. Des campagnes de presse furent déclenchées, certains parlements saisis, et on dénonça les initiatives jugées par trop audacieuses du directeur du BIT. L’orage éclata. En plein construction, la majorité du Conseil décida de supprimer l’un des étages prévus pour faire face à tous les besoins. Suppression injustifiable techniquement, mais geste politique délibéré. La démonstration en fut apportée par la suite, puisque à l’étage ainsi supprimé furent plus tard substituées deux ailes à un bâtiment devenu insuffisant mais qui, de ce fait, perdit le caractère architectural qu’on avait voulu lui donner.

La tempête continua. Décision fut prise par la majorité du Conseil qu’aucun des postes précédemment prévus pour continuer le développement normal de l’Organisation ne serait pourvu. Tous les crédits demandés furent repoussés14. L’année suivante, notre budget de quelques six millions de francs fut brutalement réduit de un million, avec comme conséquence l’obligation de renvoyer un grand nombre de fonctionnaires compétents et dévoués.

A ces mesures financières draconiennes, destinées à couper net toutes nouvelles initiatives directoriales, s’ajouta l’attaque politique retentissante du Gouvernement français, qui contestait la compétence du BIT en matière de travail agricole. La Cour Permanente de Justice internationale de La Haye fut saisies15. Sans y être autorisé par le Conseil d’administration, Albert Thomas, bien que Français, ancien ministre et ancien membre du Cabinet de guerre, considéra comme un devoir de sa charge de se rendre lui-même à La Haye pour plaider en faveur du BIT contre son propre Gouvernement, qu’il fit condamner après une plaidoirie étincelante dont aucun de ceux qui l’entendirent n’a oublié le souvenir.

Mais j’ai hâte d’ajouter que, les polémiques closes, la France enfin mieux informée, s’inclina devant l’avis de la Cour de Justice et qu’elle ne fit jamais grief à Albert Thomas d’avoir loyalement accompli son devoir de directeur du BIT et de grand fonctionnaire international.

C’est au travers ces tempêtes que s’affirma à l’extérieur l’autorité du BIT. Mais il faut convenir que la plupart des Gouvernements l’avaient seulement conçu comme une direction modeste de documentation et d’exécution des articles du Traité de Paix, qui pourrait fort bien trouver sa place bureaucratique parmi les autres directions du secrétariat général de la SdN, alors que le monde ouvrier avait rêvé d’en faire l’organisation universelle puissante et efficace qu’elle est peu à peu devenue. Au cours de cette période, obtenir 50’000 francs d’augmentation sur un budget annuel était considéré par nous comme une grande victoire. C’est néanmoins au cours de ces années de lutte que l’activité constructrice de l’Organisation fut la plus intense. Presque chaque année, tous les Gouvernements d’Europe furent visités, puis l’Amérique du Sud, l’Amérique du Nord, l’Extrême-Orient16. Presque toujours, comme suite à ces visites, des Ministères du Travail furent crées partout où ils n’existaient pas. Et les techniciens qui nous suivaient, préparèrent pour de nombreux pays les premiers projets de lois d’assurances sociales auxquelles Thomas avait intéressé les Gouvernements. Des conventions nombreuses et d’une importance capitale furent votées à nos conférences et ratifiées par les Parlements17.

Aux conflits de caractère politique s’ajoutèrent, dans l’organisation des services du Bureau, des difficultés de langue, de compréhension de méthodes de travail et des malentendus quotidiens. Tous les problèmes d’une administration internationale nouvelle se trouvèrent en même temps posés. Mais peu à peu ce personnel international nouveau, recruté dans plus de 35 pays, s’entraina à travailler et à penser en commun, à improviser ses règles, ses méthodes, ses traditions. Les inquiétudes gouvernementales s’apaisèrent, la confiance ouvrière s’affirma, puissante et inébranlable. Et alors que la SdN se cherchait encore, notre expérience se révélait comme la plus extraordinaire des réussites.

Aucune amertume ne resta de cette rude période de bagarres constructives. A peine si cette phrase quelque peu mélancolique de notre premier Directeur, prononcée dans un de ses discours de Genève, permet-elle de l’évoquer: « Il faut, déclara-t-il, que ceux qui bâtissent sachent qu’ils seront offensés. Il faut qu’ils sachent résister aux attaques. Comme les citoyens de Jérusalem, il faut que sur le rempart, ils aient, en travaillant, leur épée ceinte autour des reins18. »

Construire d’une main, combattre et se défendre de l’autre, telles furent les singulières mais prodigieuses années de début de notre BIT.

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1 Deux dates sont possibles pour cette réunion, soit lorsque Albert Thomas se trouvait à Paris du 6 au 18 avril, soit pendant une brève escale qu’il fit à Paris en se rendant en Allemagne dans les premiers jours de mai.

2 2Il est plus probable que « l’insistence pressante » fut celle de Viple lui-même. Dans un document daté du 21 février 1920 (dossier CAT 413312), Thomas écrivait qu’il avait « promis à Viple de voir de quelle manière ses services pouvaient être utilisés par le BIT, dans le cadre des possibilités financières mises à sa disposition par le Conseil d’Administration ». Viple fut nommé le 14 mai, avec rétroactivité à partir du 8 mai 1920. Sa nomination comme responsable de la presse a probablement été due à la décision prise de déménager le siège de l’Organisation de Londres à Genève, ce qui ne permettait plus d’utiliser un service de guerre commun avec la Société des Nations. William Martin avait été nommé par la Société des Nations pour organiser son service de presse que le BIT partageait avec elle à Londres.

3 L’Ecole Thudichum (du nom de la famille qui l’avait créée) était le bâtiment appelé aussi La Châtelaine. C’est aujourd’hui le siège du CICR.

4 Viple a quelque peu exagéré son propre rôle dans l’implantation du BIT à Genève. En février 1920 déjà, le Directeur adjoint, Harold Butler, avait visité Genève et fait des recommandations détaillées au Directeur (dossier G 6/8). M. Parodi, de la Société des Nations, était chargé de négocier la location de l’Ecole Thudichum au nom du BIT et une option fut formellement établie le 6 mars et acceptée finalement le 17 mars 1920 (dossier G 6). Un procès-verbal daté du 17 mars, écrit probablement en vue de la discussion du Conseil d’Administration à sa session de mars 1920, dit: M. Butler et moi-même (Albert Thomas) avons visité la ville (Genève) et nous considérons que l’Ecole Thudichum se prête admirablement aux besoins du Bureau. Le 22 mars, le Conseil d’Administration a autorisé Albert Thomas à finaliser les arrangements pour l’établissement du BIT à Genève (procès-verbal du CA 3e session, 1920, p. 8). A la suite de quoi Butler a pu télégraphier le 29 mars: bail signé par le Directeur (dossier G 6).

5 Comme il n’existe aucun document concernant la visite de Viple à Genève et ses objectifs, on ne peut que spéculer sur les raisons qui ont conduit Albert Thomas à envoyer Viple à Genève, puisque la décision de louer l’Ecole Thudichum avait déjà été prise. Un aller-retour de 48 heures entre Paris et Genève n’aurait pas permis à Viple de mener une inspection ou des négociations détaillées. Viple a probablement un peu dramatisé la visite. Il est probable qu’il se soit rendu à Genève entre le 8 et le 13 mai, ce qui expliquerait la rétroactivité de sa nomination.

6  4e Session du Conseil d’Administration, juin 1920

7 La décision a été prise par le Conseil d’Administration le 8 juin 1920.

8 Le personnel venu de Londres est arrivé le premier, et le Bureau a ouvert ses portes le 7 juillet 1920 (dossier G 617). Le personnel, venu de la 2Conférence internationale maritime du Travail tenue à Gênes du 15 juin au l0 juillet 1920, est arrivé par train spécial le l4 juillet 1920. Viple a confondu les dates.

9 Albert Thomas est entré à Genève le l4 juillet.

10 La première assemblée de la Société des Nations s’est réunie à Genève le 15 novembre 1920.

11 Edward Phelan a écrit dans son livre Yes and Albert Thomas (2e édition en anglais, New York 1949, p. 242) que Albert Thomas avait clairement compris que l’Organisation internationale du Travail devait se forger en quelque sorte une personnalité à elle.

12 Comme l’a écrit C. Wilfred Jenks (The ILO in wartime, Ottawa, 1969), I’OIT a pu survivre à la disparition de la Société des Nations parce que, paradoxalement, l’autonomie qu’elle avait gagné par rapport à la SdN lui avait donné une vitalité que la paralysie de celle-ci n’a pas entamée.

13 La première pierre du bâtiment a été scellée le 2l octobre 1923, et le bâtiment occupé le 6 juin 1926.

14  Budget de 1923.

15  1922. Dans son livre (op.cit, p. 137-142), Edward Phelan fait une brillante description de cet événement important.

16 Edward Phelan a écrit (op.cit., p. 178) que l’histoire des missions d’Albert Thomas remplirait un livre entier. Chacune présentait ses propres problèmes et peu se déroulaient sans incident qui mériterait d’être mentionné.

17 En 1930, il y avait 30 conventions et 39 recommandations; 408 conventions ont été ratifiées par les Etats membres.

18  Est-ce que les lecteurs peuvent m’aider à identifier cette citation ?


Groupe de fonctionnaires autour de Harold Butler et Albert Thomas en 1922


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Alice Golay (alias Rivaz) et le BIT / Ivan M.C.S. Elsmark

Alice Rivaz (1901-1998) fut une importante personnalité du monde littéraire, non seulement dans sa Suisse romande natale mais aussi en Europe, parmi les lecteurs d’ouvrages en langue française  même que grâce aux traductions faites en allemand et en italien. Au cours de sa vie, elle s’est vue décerner plusieurs prix, notamment le Prix Schiller (1942 et 1969), le Prix de la Ville de Genève (1975) et le Grand Prix Ramuz (1980). Nous n’avons pas l’intention, ici, d’aborder sa carrière littéraire en tant que telle, mais plutôt d’évoquer sa vie dans le cadre du BIT. Pour écrire cet article j’ai lu avec plaisir la plupart de ses livres et ne peux qu’engager mes anciens collègues à faire de même. IE

Qui était Alice Golay ?

Derrière le nom de plume de Rivaz se cache celui d’une fonctionnaire du BIT, Alice Golay, qui pendant plus de vingt-cinq ans servit dans différents postes: sténodactylographe, documentaliste et assistante de recherche. A une époque où les perspectives de carrière des jeunes fonctionnaires étaient limitées – et encore plus pour une femme – elle dut renoncer à ses aspirations pour gagner sa vie comme employée de bureau. Bien peu de ses supérieurs ou de ses collègues remarquèrent son talent et sa personnalité et les dossiers ne contiennent que peu d’informations à ce sujet1. Bien qu’elle ait écrit des milliers de résumés d’ouvrages et rédigé quantité de rapports et d’articles, on ne trouve aucune trace de son nom dans les publications du BIT. L’oeuvre de sa vie devait appartenir au monde des lettres.

La fille d’un socialiste  « rouge »

Alice Golay naquit le 14 août 1901 à Rovray (Vaud) où son père était alors maître d’école. En 1910, la famille s’installa à Lausanne ou Paul Golay se consacra entièrement au journalisme et à la politique au Parti Ouvrier Socialiste Vaudois : « Mon père, c’était une barbe noire, de velours très épais, et une pipe derrière un grand journal », écrit-elle dans son livre l’Alphabet du Matin ou elle se décrit elle-même comme «  la petite fille du chef socialiste ». Un vigoureux tribun et pamphlétaire qui fut membre du Grand Conseil, du Conseil communal de Lausanne et, à partir de 1925, du Conseil national. La musique a très tôt beaucoup compté dans la vie d’Alice. En 1920, elle reçut un diplôme de professeur de piano au Conservatoire de Lausanne. A son grand désespoir, la petite taille de ses mains ne lui permit pas d’accéder aux classes de virtuosité : l’amertume qu’elle ressentit de cet échec et de l’impossibilité d’embrasser une carrière artistique se reflètera plus tard dans plusieurs de ses livres. Dès lors, ne se voyant aucun avenir de professeur de piano et peu encline à trouver la sécurité dans le mariage, elle suivit en l92l un cours accéléré de sténodactylographie en vue de se préparer à un emploi de bureau.

L’engagement politique de son père ne facilita pas sa recherche d’un travail de ce genre. « Ses idées (progressistes) l’avaient jeté dans le difficile combat social et politique de ce début de siècle », à une époque où « le socialisme était l’épouvantail des honnêtes gens dans un pays où régnait le plus plat des conformismes bourgeois et religieux ».

Comment Alice Golay entra au BIT

Paul Golay était homme de décision. Sur le conseil de son ami Emil Ryser, fonctionnaire du BIT, il écrivit an octobre l92l à Albert Thomas pour lui demander un emploi pour sa fille, soulignant qu’elle avait « une bonne culture générale (et) de bons éléments (de la langue anglaise) ». Dans une réponse cordiale à cette lettre, Albert Thomas suggéra qu’Alice se présente à un concours pour le recrutement de sténodactylographes. Le 25 mars 1922, elle se soumit à une épreuve de deux heures mais faute de préparation elle échoua, se classant 36ème sur 44 candidates, de toute évidence en raison de sa mauvaise connaissance des sujets de la compétence du BIT.

Nullement découragé Paul Golay revint à la charge, exposant franchement le problème de sa fille. Il souligna que, malgré toutes ses qualifications, « fille d’un militant socialiste, elle est handicapée magnifiquement. La vie politique de son père l’entrave et la paralyse ». Ainsi était-elle rejetée par la bourgeoisie et même empêchée de poursuivre ses études d’institutrice. Il poursuivait: « Certes il serait ridicule de demander au BIT de devenir l’asile de ceux ou celles qui sont handicapés à la suite de circonstances de leur vie politique ou de celle des leurs. Cependant, je me pose la question de savoir si, sans faire de passe-droit, il serait totalement injuste de tenir compte de faits de la nature de ceux que je vous expose ».

Ce ne fut pas avant le 12 avril de l’année suivante qu’Alice Golay put participer à un nouveau concours. Mais cette fois elle était bien préparée et se classa première ! Pourtant, si elle avait espéré être ainsi engagée, elle devait être déçue. Bien qu’elle ait été recrutée pour la durée de la 6ème  Conférence internationale du Travail du 24 mai au 10 juillet 1924, aucune offre ferme ne lui fut faite. Simple négligence bureaucratique? Toujours est-il que Paul Golay fit de nouveau appel à Albert Thomas, lequel décida que le premier poste disponible qui put lui convenir serait offert à sa fille. En conséquence, en mars 1925, elle fut à nouveau recrutée pour la Conférence et, ensuite, engagée par le Bureau.

Au pool dactylographique

Le 15 juin 1925, Alice Golay entra au BIT en qualité de sténodactylographe (classe B monolangue) alfectée au Bureau de dactylographie, multigraphie et ronéo. Pour la jeune pianiste, ce dut être un choc culturel que de pénétrer dans les bureaux bourdonnants du pool dactylographique placés sous le commandement rigide de son chef, Geneviève Laverrière2, que nous pourrons reconnaître sous les traits de la belle et autoritaire Madame Fontanier dans les romans Comme le sable et Le Creux de la Vague. Dans ces livres, elle se souvient du pool comme d’une unité composée de nombreuses jeunes femmes de nationalités diverses, travaillant « dans l’atmosphère très féminine qui régnait dans le service de Mme Fontanier », chacune « ayant fait le choix de la carrière de fonctionnaire internationale, toute nouvelle alors et combien attirante (…) mais par là même commencé une existence en marge des siens et de son milieu ». Plus tard Alice devait décrire ce déchirement dans Comptez vos Jours : « J’éprouvais comme une sorte de séparation (…), séparée parce que je ne me suis pas mariée, parce que je n’ai pas eu d’enfants (…) ; séparée de mes compatriotes parce que j’ai gagné ma vie non parmi eux mais parmi des étrangers (…) ; séparée de moi-même parce qu’arrachée à celle que j’étais, tout en n’étant pas encore celle que je deviendrai quand j’en aurai fini de faire peau neuve ».

Dans ses livres, elle se souvient de la vie qui s’offrait à qui approchait le bâtiment du BIT au bord du lac : « Un grand parc planté de vieux arbres, avec une façade grise qui se cache derrière des branches. Mais lorsqu’on suivait le petit sentier couvert de feuilles mortes (…) voilà qu’on débouchait sur un parc d’automobiles, et alors, ce qui sautait tout à coup dans les yeux ce n’était pas la belle et ancienne demeure bourgeoise qu’on attendait dans un tel lieu, mais bien une grande baraque aussi laide qu’une manufacture ». Dans son journal et ses romans, elle décrit le lac  et surtout « le jardin qui entourait l’immense bureau (lui semblant) merveilleux de douceur et de mystère »; le hall d’entrée dallé de marbre, les longs corridors, le « mystérieux » pool dactylographique, les bureaux avec leurs boîtes d’entrée pleines de documents et de publications, les murs « décorés » de dossiers, les tables de travail couvertes de livres et de papiers, les fonctionnaires affairés avec leur porte-documents, les conversations sur les affaires de coeur et de bureau, les maisons de fonctionnaires où trônaient des photos d’Albert Thomas (détail véridique !)… Elle observe tout cela et le couche sur le vélin de ses romans en toile de fond de bouillonnements de l’âme humaine : amours, espoirs, déception, égoïsme, destin de femmes dans une société souvent hostile. Au début, elle avait loué une chambre quai des Bergues, mais en 1932, elle s’installa dans un petit appartement (deux pièces cuisine) au 5 avenue Théodore-Weber où elle devait demeurer jusqu’en 1992. Aux yeux d’Alice Golay, Genève apparut comme « la Babylone helvétique » tellement différente de tout ce qu’elle avait connu. De même que pour Hélène, dans son roman Le Creux de la Vague « d’année en année, sa nouvelle vie avait pris de plus en plus de place et l’ancienne de moins en moins ». Au début son chef Mme Laverrière, nota « certaines tendances au bavardage et à l’inactivité pendant les heures de travail », mais rapidement elle s’habitua à la routine du bureau et, en mai 1926, elle gagna un concours interne et fut promue au grade de commis de 1ère classe.

Piège pour documentaliste

Alice Golay dut faire face à de nouveaux défis lorsqu’elle fut transférée en juin 1926 au Service de documentation de la Section des renseignements généraux. Elle devait y passer les treize années suivantes dans les fonctions de dépouilleuse, une période de sa vie dans laquelle elle a fréquemment puisé pour ses romans. Son travail consistait en effet à dépouiller les périodiques et les documents en langue française que recevait le Bureau et à en préparer des résumés. Dans ces tâches ses dons d’analyse et de rédaction lui étaient précieux et elle fut bien notée : « le choix des articles ou des informations relevés est bien fait. Les résumés sont intelligents et consciencieux, bien que, malheureusement entachés de fautes d’étourderie (fautes de frappe, d’orthographe)”!

Le volume des tâches était extrêmement lourd et le chef, Mlle Marie Schappler, très exigeant : comme on peut encore le voir dans les dossiers, celle-ci tenait à jour des statistiques détaillées du travail accompli. L’un de ses propres rapports annuels souligne qu’elle était « exigeante pour son personnel comme pour elle-même, acharnée au travail et dévouée au service ». Alice Golay souffrait sous le poids de ce fardeau. Dans Jette ton Pain, elle a avoué qu’ « elle succombait sous une charge de travail excessive, tenue de résumer pas moins de trente-cinq articles de revues et de journaux en une seule journée, sans compter les Débats du Parlement français dont l’analyse quotidienne figurait au nombre de ses tâches, ce qui l’obligeait souvent à emporter du travail chez elle et à veiller tard dans la nuit pour en venir à bout ». Ses efforts devaient être reconnus et, en 1939, son chef la désigna comme « l’une des meilleures dépouilleuses du service ».

Premiers pas en littérature

Dans Le Creux de la Vague, l’héroïne s’interroge à propos de sa carrière : « Ai-je vraiment fait un bon choix pensa-t-elle avec un serrement de coeur tout en refermant les portes de sa voiture, comme si elle avait attendu douze ans pour se poser cette question et se mettre à rêver d’une (autre) vie qui eut pu être la sienne si elle l’avait voulu et qu’elle ne connaîtrait jamais par sa faute ». Les choix que l’on fait dans la vie, et le courage qu’il faut pour les assumer, sont un thème qui revient fréquemment dans son oeuvre. Dans Comptez vos Jours, elle pose la question du rôle des femmes à une époque où « lentement, s’élaborent de nouvelles servitudes et grandeurs féminines ».

Féministe, pacifiste et socialiste, Alice Golay était parfaitement au fait des tumultes politiques de son temps. En 1932, Genève fut frappée par une forte crise économique doublée d’agitation sociale. Ces troubles culminèrent en une énorme manifestation réprimée par l’armée. Dans ce contexte, Alice tenta en 1935 d’écrire un roman mais le manuscrit fut ultérieurement détruit. En 1935, la création d’un club, la Guilde du Livre, fut l’occasion d’un nouvel élan de son inspiration littéraire. Albert Mermoud, directeur de la Guilde, lui suggéra d’écrire un article sur cet événement et, en juillet de l’année suivante, au cours de vacances sur la Côte des Maures, elle entreprit d’écrire les premières pages de Nuages dans la Main, qui devait être publié en 1940.

Abusée

Assez naïvement Alice Golay se laissa entraîner dans une affaire sordide qui aurait pu avoir pour elle de sérieuses conséquences. Une de ses collègues, Heidi Flubacher-Stöcklin, s’était liée d’amitié avec un certain Yves Le Gallou (alias Marcel Dupan ou René Landais) qu’elle avait accepté d’aider dans la vente d’une luxueuse propriété de Barcelone, soi-disant réalisée au profit de l’enfant en bas âge de cet homme. A l’occasion d’un séjour de Le Gallou à Genève, croyant avoir affaire à un objecteur de conscience, Alice Golay avait accepté de l’héberger chez elle pour quelques nuits et d’y garder en dépôt une malle. Il s’avéra plus tard que le personnage était un escroc et un voleur et que cette malle recelait des marchandises volées. Après son arrestation Alice Golay fut appelée à témoigner dans cette affaire dont la presse genevoise s’était largement emparée. Il en résulta qu’elle fut suspendue de ses fonctions le 27 décembrc 1939 en attendant les résultats d’une enquête disciplinaire. Après que le tribunal eut abandonné toutes charges contre elle, elle démissionna volontairement le 3l janvier 1940, dans le cadre du Plan général de réduction de personnel pour la durée de la guerre et reçut environ 20.000 Francs de la Caisse des Pensions.

Une nouvelle vie

Dans son journal intime (Carnets, 1939-1982), elle écrivit : « Mon dernier jour au Bureau je le passe à faire de l’ordre dans mes tiroirs et placards (…) Il y a quatorze ans et huit mois que je travaillais dans ces murs, râlant de passer ma vie, enfermée du matin au soir, à la gagner. Or j’éprouve aujourd’hui une sorte de déchirement à l’idée de ce départ. Cette table, ce bureau, ces deux grandes fenêtres où vivaient de si beaux arbres, les ciels changeants où passaient les nuages, tout ça durant quatorze ans et huit mois je le regardais souvent tout en travaillant. Cette sorte de deuxième home que devient peu à peu un bureau où l’on vit toutes ses journées. Surtout un bureau comme le nôtre, ainsi que me le disait hier Liliane, « où nous avons trouvé bien autre chose qu’un gagne-pain ». Oui, bien autre chose, nos amitiés, nos amours. C’est durant ces années si importantes de notre jeunesse, que nos coeurs ont poussé de longues et fortes racines. »

Comme chez tant d’autres qui, soudain, s’arrêtent de travailler, la fin de la routine quotidienne laissa en elle un vide inattendu. Elle confesse dans son journal : « Hier premier jour de liberté. Ai-je désiré souvent cette libération qui me permettrait d’écrire ! Or ma réaction fut inattendue. Je n’avais envie ni d’écrire, ni de peindre, ni de faire de la musique. Pour la première fois, j’aurais préféré travailler au bureau ! (…) Je ne savais pas avoir à ce point besoin des autres, c’est à dire de la présence de mes amis et camarades de travail. Cet élan, cette exaltation, cette énergie intérieure que je croyais mes biens propres, ce sont eux qui me les donnaient. D’en avoir rencontré quelques-uns, je me sens revivre. Je recommence à voir, à entendre. Et voilà la raison qui m’a permis d’écrire ces trois pages : « j’ai communiqué avec les autres ».

Temps de guerre et travaux littéraire

La guerre a éclaté en Europe, Alice se retrouve sans emploi, mais elle a reçu « le plus beau des cadeaux : le temps d’écrire ». En juillet 1940, elle a terminé Nuages dans la Main que publie la Guilde du Livre en décembre suivant sur la recommandation de l’écrivain célèbre C.-F. Ramuz. Ses parents découvrent avec surprise ses travaux littéraires et leur réaction est mitigée. Paul Golay lui détaille dans une lettre ce qu’il considère comme des « fautes » dans l’ouvrage et lui recommande de tout recommencer. Sa mère la conjure de supprimer certaines pages qu’elle trouve « scandaleuses ». Pour protéger sa famille et son nom, Alice Golay choisit le nom de plume d’Alice Rivaz (du nom d’un village proche de son lieu de naissance). Plus tard, dans son livre Ce Nom qui n’est pas le Mien, elle parlera de cette double personnalité qu’elle a dû assumer, navigant entre Charybde et Scylla, souhaitant garder secrète sa vie privée, tout en s’exposant pour être connue et reconnue.

En 1942, René Julliard obtint les droits pour la France. On entreprit quelques changements de vocabulaire et l’on supprima, en raison de l’occupation, toute référence à Hitler et à la guerre. Dans une préface, l’académicien Edmond Jaloux critiqua certains « helvétismes et négligences de style » – qui effectivement ont été corrigés dans la nouvelle édition – et il se lança dans une attaque contre les organisations internationales, en particulier contre I’OIT. Ceci provoqua un conflit avec Alice Golay qui en avait découvert le texte sur les épreuves. A sa demande expresse, la référence à I’OIT fut supprimée. Tout comme son père, elle savait montrer courage et fermeté.

Dans les années qui suivirent, elle écrivit plusieurs romans sous son nom de plume Alice Rivaz ; parmi lesquels Comme le Sable fut publié en 1946 et Paix des Ruches en 1947 et une anthologie de la poésie française en 1942 ; tout en traduisant, avec son ancienne collègue Suzanne Fontana le roman de John Brophy : Immortal Sergeant. Sous son vrai nom elle écrivit aussi des articles pour diverses publications, consacrés surtout aux questions féministes et sociales. Pour assurer ses fins de mois, elle accepta un certain nombre d’emplois temporaires ; ainsi au Bureau de Presse anglo-américain qui lui servit de toile de fond pour son roman La Paix des Ruches (1947).

Temps difficiles au BIT

Avec la fin de la guerre, le Bureau de Presse ferma ses portes en août 1945 et Alice Golay se retrouva sans travail. Dans ces circonstances, dès le 5 avril 1946, elle demanda sa réintégration au BIT, mais ce ne fut qu’après le retour à Genève du « Centre de Travail » et l’intervention du syndicaliste suisse Charles Schürch qu’elle y fut réengagée en novembre 1948 ; non comme documentaliste, mais comme commis au Registry ! Une décision pour le moins surprenante compte tenu de sa carrière passée et de sa réussite littéraire, mais il semble qu’il n’y eut alors aucune autre vacance de poste et elle avait un besoin critique de travailler.

Les trois années qui suivirent furent probablement pour elle les plus frustrantes et les plus physiquement exténuantes. Assignée à la tâche de l’enregistrement du courrier « arrivée », elle n’avait ni l’expérience ni la force physique de faire face aux tâches qui lui étaient imposées. Le personnel travaillait sous l’oeil vigilant du chef du Registry, Gustave Dubourg et de son assistante, Mme Marthe Barambon, qui, à travers la paroi vitrée d’une pièce voisine, surveillaient l’activité du service. Les exigences du travail étaient avant tout manuelles, notera Dubourg : « En dehors des qualités physiques des candidats, les inscriptions dans les différents registres obligent à rester debout pendant de longues heures ».

L’activité littéraire d’Alice marqua alors le pas. Elle s’en plaignit dans son journal : « Sept mois de silence et d’indicibles souffrances morales dans une sorte de fixité de tout, malgré mon changement de vie et ma rentrée au BIT et l’obligation de me concentrer sur un travail qu’on me dit temporaire, lequel est tout à fait contraire à mes goûts et ne correspond pas à mes connaissances professionnelles, vrai travail de manoeuvre s’effectuant debout, consistant à déplacer et à replacer des fiches dans des classeurs très difficiles à ouvrir et à fermer. (…) J’apprends à mon tour que la fatigue du corps, des muscles, des jambes, du dos, de la nuque, ne crée en vous qu’un seul et profond besoin : celui de se coucher, de s’anéantir dans le sommeil une fois terminée la corvée journalière ».

Son rapport annuel pour 1949, tout en reconnaissant sa bonne volonté et son intérêt pour les activités du BIT, critique sa connaissance insuffisante du travail et des procédures du Registry. Il en résulta que la commission d’avancement prolongea sa période d’essai et refusa son augmentation annuelle.

Tout en considérant que « Mlle Golay n’était probablement pas faite pour les tâches qui lui ont été assignées au Registry, (la commission recommanda que) si et quand une vacance de poste se présenterait dans un autre service, une possibilité de transfert lui soit offerte ».

L’année suivante le rapport fut plus favorable et son engagement confirmé. Le ciel commençait à s’éclaircir. Elle fut promue « membre de division adjoint » (l’équivalent d’un P1) et, le 1er septembre 1949, transférée à la Division de la main d’œuvre.

Affaires de famille

Hélas, ce tournant favorable dans sa vie professionnelle s’accompagna de graves soucis familiaux. Son père, Paul Golay, était décédé en juin 1951. Avec l’aide de sa mère, elle publia rapidement la même année, sous le titre Terre de Justice, une compilation de ses écris politiques sélectionnés parmi quelques 7000 articles. Le père et la fille possédaient tous deux un réel talent de plume, mais Paul Golay n’avait jamais eu d’ambition littéraire, ses écrits n’ayant été qu’un instrument au service de sa lutte pour le triomphe de ses convictions.

La mère d’Alice, Marie Golay, déménagea alors à Genève pour vivre auprès de sa fille dans le modeste appartement de celle-ci. En dépit de leur amour réciproque, leur vie commune tourna à l’aigre. Alice Golay y vit un nouvel obstacle à son besoin d’écrire. Elle devait plus tard s’inspirer de cette expérience dans le chapitre IX de Comptez vos jours et dans Jette ton Pain. Elle y décrit avec émotion et honnêteté la tension entre les deux femmes, pudiquement nommées Mme Grace et sa fille Christine.

Un nouveau départ

Au BIT, Alice Golay était enfin parvenue à un poste où sa compétence et son expérience furent appréciées. Après quatre mois à la Section de la formation professionnelle, elle gagna un concours et fut nommée le 1er  juin 1952 assistante de recherche à la Section de l’emploi. Un projet de l’envoyer en Belgique pour y acquérir l’expérience d’un service de l’emploi fut abandonné en raison de sa situation familiale. Dans son nouveau poste elle trouva une activité stimulante, bien que souvent fatigante et, plus important encore, des relations amicales et plus humaines parmi ses collègues et avec son supérieur hiérarchique.

Une sympathique tradition de cette époque consistait pour le Directeur général, à féliciter les membres du personnel à l’occasion d’une promotion. Alice Golay reçut ainsi une lettre de David A. Morse le 7 janvier 1952. Elle y répondit le 11 janvier, le remerciant de la confiance qu’il avait placée en elle et l’assurant qu’elle ferait de son mieux pour accomplir ses nouvelles tâches dans le meilleur intérêt du service, participant ainsi à la poursuite de l’objectif commun de justice sociale.

Son chef direct était Donald L. Snyder qui la trouva « consciencieuse et très travailleuse, (dotée) d’un bon jugement et digne de confiance (…), coopérative et intelligente : un élément efficace et de valeur pour la Section ». Ses tâches, au cours des huit années qui suivirent, couvrirent une large palette de questions relatives à la situation de l’emploi et au marché du travail dans le contexte des services de l’emploi, de questions concernant les travailleurs âgés et les femmes, comprenant la préparation de quelque 600 résumés de documents chaque année. Elle participait à la recherche et, à l’occasion, assurait des travaux de traduction. Ce n’était sans doute pas un travail bien passionnant pour une personne de sa sensibilité.

Bien que son nom n’apparut pas en tant qu’auteur (à l’époque, les travaux de la plupart des fonctionnaires étaient publiés anonymement), elle écrivit des notes pour Industrie et Travail et pour la Revue internationale du Travail (deux articles [RIT, juin 1954 et juillet 1955] sur l’emploi des travailleurs âgés et sur les femmes âgées), un rapport pour la commission des industries du textile (1958), un chapitre du rapport sur L’âge de la retraite pour la Conférence régionale européenne (1955) et un rapport sur l’emploi des travailleuses âgées destiné au Comite des Nations Unies sur le statut des femmes (9ème  session, mars 1955). A propos de ce dernier rapport, elle avoua dans son journal : « Je ne connais pas le premier mot de cette question. Fabriquer une telle étude en six semaines, à moi seule : une histoire de fou ». Et pourtant, elle l’a fait !

Elle courait après le temps pour se consacrer à son oeuvre littéraire. Dans son journal, elle évoque son emploi du temps quotidien : « Bureau : 8 heures ; travail pour le bureau chaque soir : 2 heures minimum sans compter le dimanche ; quatre trajets par tram d’une demi-heure chacun : 2 heures ; trois repas : 2 heures et demie ; total : 14 heures et demie. Dans ces conditions, comment songer à écrire, ne serait-ce que des notes de carnet ? ».

Alice Golay entretenait de bonnes relations avec ses collègues. L’une d’elles, Antoinette Béguin, s’en souvient encore comme d’ « une personne charmante, chaleureuse, douce et amicale. Elle s’intéressait aux gens mais n’était jamais envahissante ou indiscrète. Elle avait le sens de l’humour, mais avec gentillesse et jamais aux dépens de quiconque ». Elle trouvait son inspiration dans la vie au bureau mais, comme elle l’a expliqué, « n’est-ce pas pour donner en quelque sorte du relief à certains de tes modèles, c’est à dire à ceux qui t’entourent dans ta vie quotidienne, avec qui tu travailles au bureau, que tu ne peux t’empêcher, en pensée, de les modifier, de les gauchir, de les gommer en partie, et en même temps de leur ajouter quelque chose, d’exagérer certains de leur gestes, de leur prêter des qualités et des défauts qui ne sont pas forcément les leurs, des comportements dans lesquels tu les enfermes – ayant ainsi l’impression de les élever parfois au-dessus d’eux-mêmes, ou au contraire de les abaisser, voire de les réincarner dans un être tout à fait nouveau, devenu personnage de roman ».

Libre et reconnue

Le 4 mai1958, Alice Golay note dans son journal : « Maman est morte au cours d’un long sommeil sans angoisse ». Sa tristesse se mêlait d’un sentiment de soulagement à l’idée d’être à nouveau libre d’entamer une nouvelle vie.

Un deuxième événement intervint : une offre de contrat de la Fondation Pro Helvetia, qui hâta sa décision de se consacrer entièrement à l’écriture : « Tournant important de mon existence. Petit fait gros de conséquences puisqu’il m’incite à démissionner du BIT plutôt que je n’avais pensé à le faire dans le meilleur des cas, c’est à dire avant l’âge de la retraite. J’espère que je pourrai réaliser enfin ce à quoi depuis longtemps je rêve », tel que la rédaction de ses carnets quotidiens. Ainsi donna-t-elle sa démission le 12 février 1959 pour prendre effet en août. Elle avait 58 ans, elle était libre de poursuivre ses ambitions littéraires, ainsi que la musique et la peinture.

C’est avec un peu de tristesse que l’on peut lire dans son journal : « Aujourd’hui, 31 juillet 1959, mon dernier jour au BIT… En additionnant les années pendant lesquelles j’ai travaillé dans cette institution, entre les deux guerres et depuis la dernière guerre, cela donne vingt-cinq ans et quelques mois, toutes mes meilleures années perdues, exception faite des années de guerre où, pour la première fois, j’ai eu du temps libre pour écrire ».

Dans les années qui suivirent, elle publia : Sans Alcool (1961), Comptez vos Jours (1966), Creux ile la Vague (1967), Ce Nom qui n’est pas le Mien (1980), Trace de Vie, Carnets 1939-1982 (1983) et Jean-Georges Lossier, Poésie et Vie intérieure (1986). Plusieurs de ses livres sont actuellement en cours de réimpression par la maison d’édition « L’Air » ainsi les lecteurs pourront à nouveau savourer son œuvres. De prestigieux Prix littéraires ont récompensé ses œuvres et une plaque a été apposée sur l’immeuble du 5 avenue Théodore-Weber où elle vécut de 1932 à 1992. Elle passa ses dernières  années à la maison de retraite « les Mimosas » : elle y mourut le 27 février 1998.

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1 En particulier les dossiers P.1648, P.6/8 pt.II, PD 611120. J’exprime ma reconnaissance pour la permission qui m’a été donnée de reproduire des éléments de la collection des Archives du BIT et pour l’aimable assistance qui m’a été donnée par l’archiviste Remo Becci et M. J.-J. Chevron pour la Traduction en français.

2 Son intelligence, et sa capacité à maintenir une stricte discipline parmi un personnel nombreux et hétérogène, travaillant dans des conditions considérablement plus pénibles que dans d’autres unités, (extrait du rapport annuel de 1935).


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L’exposition du Centenaire du Cercle Arts et décoration du BIT (27 mai – 21 juin 2019: R3 Sud)

Category : Actualités

L’année du Centenaire de l’OIT- 2019, avec ses nombreuses manifestations et les contraintes, aura permis malgré tout aux membres du Cercle d’Arts et décoration du BIT de s’exprimer. L’exposition ne s’est pas tenue comme chaque année dans la salle des Colonnades mais dans l’espace proche des salles de conférences au R3 Sud. Le vernissage a été intégré dans l’Evénement Centenaire de l’OIT organisé par la Section des anciens du BIT le 28 mai 2019 dans la Salle du Conseil et suivi par une réception à l’espace Gobelins. Plus de 400 retraités ont assisté à cet événement et ils ont pu apprécier les œuvres exposées.

Toutes les œuvres exposées portaient sur le thème du Centenaire de l’OIT. Si certaines étaient des représentations plus symboliques de la présence et de l’action de l’OIT à travers le monde, d’autres exprimaient des situations bien réelles du monde du travail et de ses contraintes: 100 pierres posées = 100 ans de l’OIT; droits humains – justice et égalité; l’univers soutenu par le travail de l’homme; les femmes au travail des champs, au marché, le travail et les métiers traditionnels; la pénibilité du travail; etc.

L’exposition s’est étalée sur 4 semaines du 27 mai au 21 juin 2019. Initialement prévue sur 2 semaines elle a pu se prolonger durant la Conférence internationale du Travail et être vue par les délégués venant de tous les horizons. Tous les artistes qui ont contribué à ainsi à ce moment fort du Centenaire de l’OIT sont remerciés; les œuvres proposées pourront être intégrées dans une prochaine exposition du Cercle.


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Deuxième contribution illustrée au centenaire de l’OIT / Natan Elkin

Don Quichotte dit : “Les deuxièmes parties n’ont jamais été bonnes”, ce qui aurait dû me dissuader d’écrire cette deuxième contribution après le succès retentissant de ma première contribution au Centenaire de l’Organisation Internationale du Travail.

La découverte de nouveaux témoignages photographiques des délégués latino-américains et la rencontre avec Liza Burgos, descendante du délégué du Panama à la Conférence de Paix, ont provoqué ces lignes. Les cheveux du Dr Martínez Ortiz, le regard d’Antonio Sánchez de Bustamante et le mouvement de la tête d’Antonio Burgos lorsque Clemenceau s´adresse aux délégations réunies au Trianon et à Saint-Germain-en-Laye, justifient une nouvelle réflexion avant de conclure le centenaire de l’OIT.

Mes recherches ont également mis à jour la première déclaration sur l’avenir du futur du travail faite par un Britannique, le 14 février 1919. Mes fidèles lecteurs découvriront aussi que, le 1er février 1919, George L. Berry, futur sénateur démocrate du Tennessee, était sur la photo de la Commission de la législation internationale du travail.

Dans ce document, je rafraîchis l’information sur le comte polonais Jota Zoltowski et j’offre la possibilité d’accéder au film de mon voyage dans les terres des comtes Potocki, en mémoire, en cette année du centenaire, de l´ouvrage sur les normes internationales du travail rédigé par Geraldo Von Potobsky et Héctor Bartolomei.

Une nouvelle photo du Docteur Martínez Ortiz

1919-01-25-Dr Martinez Ortiz en la apertura de la Conferencia de Paz

Dans la publication précédente, j’ai développé une thèse avec deux hypothèses : la seule photo de la Commission de la législation internationale travail où l’on pouvait admirer le délégué cubain, le Dr Rafael Martínez Ortiz, avait été prise le samedi 25 janvier ou le samedi 1er février 1919. Ce furent en effet les deux seuls jours où les distingués représentants de la République tchécoslovaque (Edouard Benes) et de la République de Cuba (Rafael Martínez Ortiz) se sont retrouvé ensemble aux réunions de la Conférence de Paix.

Suivant les pas de Stanley Taylor, qui a développé une passion pour montrer sa collection de L’Ilustration sur le site web des retraités de l’OIT, j’ai également décidé de consulter la collection personnelle de ma belle-mère de ce journal français.

L’Ilustration raconte que le samedi 25 janvier 1919, à 15 heures, Henri Poincaré, Président de la République, déclarait ouverte la Conférence de Paix dans le Salon de l’Horloge du Ministère des Affaires étrangères.

L’Illustration établit une description éloquente du moment :

Les peintres d’histoire éterniseront cette scène unique. Comme cadre, le ministère des Affaires étrangères. Plus précisément, le salon dit de l’Horloge, au rez-de-chaussée du ministère. On y accède par les deux perrons de la façade, quai d’Orsay. Le salon, comme l’ensemble des appartements, date du Second Empire. Il est rouge et or. Ses trois larges fenêtres, encadrées de rideaux de soie à ramages, ont vue sur la Seine et les Tuileries. Au fond, une immense cheminée de marbre dans laquelle est encastrée l’«horloge». Face aux fenêtres, trois baies font communiquer le salon avec une galerie.

Le Dr Rafael Martínez Ortiz apparaît de dos, au bord droit de la photo, les cheveux épais et blancs. Avec un peu d’effort, on peut distinguer le début de sa fameuse moustache. Selon le plan de la réunion publié par L’Illustration, le Dr Martínez Ortiz occupe le siège n° 29. Les chaises des délégués du Guatemala et du Panama, qui se trouvent de l’autre côté du fer à cheval, sont restées vides en l´absence de Joaquín Méndez et d´Antonio Burgos.

Le Dr Martínez Ortiz semble avoir fixé son regard sur le lieutenant Paul Mantoux, l’officier qui interprète le discours d’ouverture de Poincaré. Alors que le Dr Martinez Ortiz continue à prêter attention à la déclaration, il tourne le dos et laisse admirer ses cheveux blancs épais, au très honorable Joao Pandiá Calógeras, qui sera considéré comme le “Clausewitz de la politique étrangère brésilienne”. Assis à la droite du Dr. Martinez Ortiz, le Ministre d´Affaires étrangères de la Grèce, Nicolas Politis, ne semble pas prêter attention à l’interprétation du discours pour s’immerger dans une lecture certainement plus productive.

1919-01-18-Martinez Ortiz asiste a la apertura de la Conferencia de Paz-de espaldas pelo blanco muy tupido

De l’autre côté de la table, devant le Dr. Martínez Ortiz, se trouvent les trois places réservées à la délégation belge, bien que seuls deux délégués étaient présents ce jour-là : Paul Hymans, ministre des Affaires étrangères, et Jules Van den Heuvel.

À la fin du discours de Poincaré, le président Wilson a proposé, et les personnes présentes ont levé les bras en signe d’acceptation, que Georges Clemenceau soit élu président de la Conférence. L´Illustration a remarqué que l’interprète avait fait dire à Lloyd George qu’il considérait Clemenceau comme “le plus grand vieillard de France” ce qui a été ensuite rectifié par “M. Clemenceau est le plus grand jeune homme de la France”.

L’ordre du jour de la réunion comprenait trois points : 1) responsabilité des criminels de guerre, 2) sanction des crimes commis pendant la guerre, 3) législation internationale du travail. « Les commentaires sur ces projets sont les bienvenus. … la question de la “Société des Nations” sera à l’ordre du jour de la prochaine session ».  La séance est levée à 16 h 50.

A ce moment de l’histoire des Grandes Puissances, la question sociale avait acquis un niveau d’importance comparable aux questions militaires.

Devant le président Wilson, Barnes, au nom du monde du travail anglais, salue “l’aube qui se lève”.

1919-01-L Illustration-Barnes au nom du monde du travail en Grande-Bretagne salue l aube qui se leve

L’Illustration a enregistré le moment crucial dans lequel l’OIT naissante a focalisé, au moins un instant, l’attention des plus grands dirigeants du moment. Avant de retourner à Washington le 14 février 1919, le Président Wilson a examiné les dispositions qui avaient été adoptées pour créer la Société des Nations. Le dessin présenté par L’Illustration montre le ministre britannique Georges N. Barnes, l’un des chefs du parti travailliste anglais, avec ses yeux très myopes, son visage honnête et vif, qui déclare, avec une énergie tranquille, en s’adressant à l’OIT naissante:

“Tu seras généreuse, désintéressée, altruiste, sans égoïsme impérialiste, tu te préoccuperas du salaire des ouvriers et des conditions de leur travail».

Ces mots destinés à l’OIT restent toujours pertinents.

Le 14 février 1919, Georges N. Barnes a été le premier britannique à faire un rapport sur l’avenir du futur du travail. Il a obtenu l´attention particulière de Wilson, Clemenceau et Balfour, et des délégations présentes à la Conférence de Paris.

Deux militaires sur la photo de la Commission de la législation internationale du travail du 1er février 1919

J’ai toujours eu l’impression qu’il y avait au moins deux autres personnages en trop sur la photo de la Commission de la législation internationale du travail.  Deux personnages en uniforme militaire, l’un à gauche et l’autre à droite, sur la deuxième ligne de la photo.

1919-02-01-Dos militares en la foto

Le militaire à l’extrême gauche de la deuxième rangée de la photo est un Américain. La vignette des archives du BIT disait qu’il s´agissait de “Gordon L. Berry”, et il a bien existait un certain Gordon Lockwood Berry. Le 7 janvier 1932, le New York Times publia une notice nécrologique sur Gordon Lockwood Berry rappelant, entre autres, que Gordon Lockwood Berry avait travaillé pour la Société des Nations dans l’opération humanitaire qui avait permis de déplacer 22 000 enfants de la Turquie vers la Grèce.

Cependant, dans les documents publiés par le Office of the Historian du département d’État, dans la “Labor Section of the American Commission at the Peace Conference”, on trouve un officier de liaison : le Major George L. Berry.

George L. Berry, un sénateur démocrate à la naissance de l’OIT

George L. Berry était un syndicaliste éminent, lié à Sam Gompers. George L. Berry a également été sénateur du Tennessee en 1937-1938. Le Sénat américain a publié un résumé qui est éloquent :

BERRY, George Leonard, a Senator from Tennessee; born in Lee Valley, Hawkins County, Tenn., September 12, 1882; attended the common schools; employed as a pressman from 1891 to 1907 in various cities; served during the First World War in the American Expeditionary Forces, with the rank of major, in the Railroad Transportation Engineers 1918-1919; president of the International Pressmen and Assistants’ Union of North America 1907-1948; also engaged in agricultural pursuits and banking; delegate to many national and international labor conventions; appointed on May 6, 1937, as a Democrat to the United States Senate to fill the vacancy caused by the death of Nathan L. Bachman and served from May 6, 1937, to November 8, 1938, when a successor was elected; unsuccessful candidate for nomination in 1938 to fill the vacancy; resumed the presidency of the International Pressmen and Assistants’ Union of North America, and also his agricultural pursuits at Pressmen’s Home, Tenn., until his death on December 4, 1948; interment in Pressmen’s Home Cemetery.

En ce centenaire, avec l’aimable assistance de Fiona Rolian et les autres amis du BIT sur Facebook, l’Organisation a réussi à identifier une autre des personnalités de la Commission de la législation internationale du travail.

La trajectoire de George L. Berry aurait dû être plus valorisée lors de la commémoration du Centenaire. Il n’y a pas beaucoup de cas où une personnalité liée à l’OIT a siégé au Sénat américain.

Colonel Lister : un agent du Komintern sur la photo ?

Le personnage militaire, bien à droite de la photo, portait le nom d’un agent du Komitern : le Colonel Lister, dont les fléaux sont connus par ceux qui connaissent la guerre civile espagnole et ont lu les livres de Jorge Semprún. Impossible qu’un Espagnol en uniforme, même avec un entrainement soviétique, se soit glissé dans la Conférence de Paix.

La solution de l’énigme se trouve dans L’Illustration, du 3 mai 1919, qui nous offre une photo de trois individus : le colonel Lister, de l’armée britannique, le colonel français Henry et M. Oudaille. Ces trois personnalités se sont réunies dans les jardins royaux de Versailles pour recevoir la délégation allemande appelée à signer les conditions de la paix.

1919-05-03-Colonel Lister Colonel Henri et Oudaille attendent les delegations allemandes

Le Colonel Lister de la photo de la Commission de la législation internationale du travail fut le Lt. Col. Frederick Hamilton Lister (1880-1971). Dans les archives militaires, vous trouverez cet excellent résumé:

Born 1880; educated at Radley College and Royal Military Academy, Woolwich; commissioned into Royal Artillery, 1900; seconded for service with the Punjab Frontier Force, India, 1902-1911; Capt, 1911; graduated from Staff College, Camberley, Surrey, 1914; served in World War One, 1914-1918; posted to General Staff, 1914; Maj, 1915; awarded DSO, 1916; General Staff Officer 1, British Mission, Belgian General Headquarters, Western Front, 1917; General Staff Officer 1, General Headquarters, France, 1917-1918; Brevet Lt Col, 1918; General Staff Officer 1 in charge of British Mission to 1 French Army, 1918; General Staff Officer 1, Supreme War Council, Versailles, 1918-1919; British Representative, Allied Mission, Enemy Delegations, Paris, 1919; service in South Russia as General Staff Officer 1, British Mission to White Russian Gen Anton Ivanovich Denikin, 1919-1920; accompanied French operations in the Rif Mountains, Morocco, 1926; Lt Col, 1927; retired 1931; member of HM’s Body Guard of the Honourable Corps of Gentlemen-at-Arms, 1932-1950; died 1971.

Bien que le petit colonel français Henry cache ses mains, ce n’est pas le colonel Hubert Henry qui avait joué un rôle terrible dans l’Affaire Dreyfus et était bien mort depuis 1898. Les recherches de Bertrand M. m’ont permis d’identifier un officier nommé Edmond François Henri (1872-1931).

Les Comtes Zoltowski et Potobsky en Argentine

De la gauche de la photo de la Commission de la législation internationale du travail, à la deuxième ligne où se trouvait le futur sénateur George L. Berry (en habit militaire américain), apparaît Guy H. Oyster, secrétaire particulier de Sam Gompers, et puis on retrouve le comte Zoltowski.

Dans le procès-verbal de la Commission du droit international du travail, il est dit que le comte Zoltowski répondait au nom de Jean : comment savoir si le comte Zbigniew Zoltowski, enterré le 16 février 1973, dans la chaleur suffocante et humide de Recoleta, est celui qui supporte le froid parisien du 1er février 1919 ?

OIT Centenario-Condes en la Recoleta

Selon des informations provenant de sites spécialisés, la famille Zoltowski reçut tardivement le titre de comte en 1840, excluant ainsi la possibilité que les comtes Zoltowski se soient trop multipliés en 1919.

Les autres informations que j’ai trouvées sur le comte Zbigniew vont dans le même sens :

Polish diplomat and Count. He was Plenipotentiary Minister of Poland in the exile in Argentina, during the communist regime in his country. Together with his son Jan was able to bring humanitarian aid to Polish refugees in Europe through the Red Cross and also attended Polish political refugees in Argentina. He was awarded by the Polish Government in London with the great band of the Order of the Rebirth of Poland.

Le titre de comte des Zoltowski pouvait se transmettre au premier-né, ce qui explique pourquoi, lorsque le décès de son fils fut annoncé le 21 avril 1988, Jan Damascen Edmund conserva le titre de comte (et chevalier de l’Ordre de Malte). Jan est la version polonaise de Jean, le nom sous lequel son père s’est identifié à la Conférence de Paix.

OIT CENTENARIO-Lazaro Costa

Le comte Jan a épousé une Argentine dont le nom semble prédestiné à célébrer le centenaire de l’OIT et le futur du travail : María Luz.

Contrairement à son distinguée beau-père qui avait participé à la rédaction de la base constitutionnelle de l’OIT, les trois familles qui évoque le nom de María Luz, les familles Obligado, Nazar et Anchorena; n’ont pas laissé un souvenir particulier de leur contribution à la justice sociale. L’exploitation pleine et productive des estancias des familles Nazar Anchorena et Obligado dans les terres les plus fertiles de l’Argentine aurait permis de faire diminuer grandement la faim dans le monde.

Pour conclure sur une autre note, j’évoque un ouvrage fondamental sur les normes internationales du travail publié à Buenos Aires en 1990, par deux éminents juristes argentins dont le chef du service de la liberté syndicale, Geraldo W. Von Potobsky, connu au BIT par l’appellation Von Pot, une appellation qu´il aimait bien. Au XIIIe siècle, les contes Potocki étaient les seigneurs des riches territoires de la Galicie polonaise où des communautés juives se sont établies pendant des siècles, avant leur extermination entre 1939 et 1945, et que j’ai visité en avril 2019.

Libro Von Potobsky

Pourquoi le livre publié par un descendant argentin des comtes Potocki et mon ami Héctor Bartolomei, avec l’avant-propos du Dr Ruda (Président de la Cour internationale de Justice et de la Commission d’experts) devrait-il figurer dans cette note sur le Centenaire de l’OIT ? La réponse se trouve dans le film de mon voyage en Galice (en Ukraine actuellement) et en Bessarabie (la Moldavie actuelle), territoires qui avaient appartenu aux comtes Potocki, où, après que les crimes les plus atroces eurent été commis, les concepts de génocide et de crimes contre l’humanité ont émergé. Sur le même itinéraire, en Bessarabie, j’ai visité le berceau de la famille du ministre de la Justice qui a aboli la peine de mort en France.

 Au Trianon : la présentation des conditions de paix aux plénipotentiaires allemands

Dans le livre Contratstes europeos y orientación americana, publié à Rome en 1925, Antonio Burgos rappelle que c’était “l’un des actes les plus excitants auxquels j’ai assisté de mon vivant. En face de l’entrée principale du palais historique, un resplendissant régiment français rendait les honneurs militaires à chaque délégation dès son arrivée ; des officiers en uniformes traditionnels conduisaient courtoisement les plénipotentiaires alliés au salon de la réunion. Le lieu de la séance manquait de somptuosité : de riches rideaux de damas, une simple tapisserie ornée d’un portrait historique et au centre une longue table en fer à cheval. Dans une estrade, se trouvait Clemenceau, avec Wilson à sa droite et Lloyd George à sa gauche ; les autres délégations alliées étaient assises sur les côtés du fer à cheval ; à l’extrémité du fer à cheval, il y avait huit ou neuf sièges vacants à remplir par les plénipotentiaires allemands”.

Cependant, dès le début de la cérémonie, Antonio Burgos, un diplomate lucide d’une jeune République, réfléchissait aux conséquences des événements dont il était témoin.

1919-06-en el Trianon-Bustos Clemenceau

Pendant que Clemenceau prononce son discours, Antonio Sánchez de Bustamante, assis au bout du côté gauche du fer à cheval, avec sa barbichette blanche et moustachu, regarde le président français. A ses côtés, en regardant droit devant, on voit à peine la silhouette de Joaquín Méndez (Guatemala), suivi du délégué d’Haïti, Tertuliano Guilbaud ; de l’ancien président du Honduras, Policarpo Bonilla ; du délégué du Liberia (Charles D. B. King), et du Nicaragua, un Chamorro. Comme Antonio et Tertullien, Salvador Chamorro regarde Clemenceau.

La seule personne qui évite ostensiblement de regarder Clemenceau en penchant la tête du côté vers la délégation allemande, est Antonio Burgos, Panama.

1919-06-06-Don Antonio tourne Clemenceau

Quelques années plus tard, Antonio Burgos considérait que “les absurdités contenues dans le Traité de Versailles ont été annoncées au monde entier puisque ce document n’était qu’un projet qui avait été discuté seulement entre les parties intéressées. Les événements qui se sont succédé ont confirmé les prévisions bien fondées de ceux qui les ont critiquées”. Pour soutenir cette position, Burgos s’appuie sur ses propres impressions et sur les publications de trois éminents Européens : Europa senza pace, de Francesco Saverio Nitti ; les mémoires de David Lloyd George et The Economic Consequences of the Peace, de John Maynard Keynes.

 Dans la salle de l’Age de Pierre : la présentation des conditions de paix aux plénipotentiaires autrichiens

1919-06-07-Don Antonio-J Mendez en el Chateau de St Germain en Laye

Dans son édition du 7 juin 1919, L’Illustration rend compte de l’événement où les plénipotentiaires autrichiens ont reçu les conditions de la paix au château de Saint-Germain-en-Laye :

[…] C´est une étrange pièce qui porte à l´entrée cette indication gravée : « Salle de l´âge de pierre ». Il y avait là des collections d´ossements préhistoriques qu´on a enlevées pour la circonstance. Mais on a laissé des cartes murales représentant la Gaule à l´époque des cavernes et aussi des pancartes où on lit : « Alluvions quaternaires », « Ossements d´animaux d´espèces éteintes ». Bizarre mélange d´un présent dramatique et d´un obscur passé enfui dans le silence des siècles » […]

Sur le côté gauche du fer à cheval, dans l’image suivante, on peut voir Antonio Sánchez de Bustamante, les yeux fixés sur la caméra, avec sa barbe et ses moustaches blanches, assis au deuxième rang, au quatrième siège, sur le côté gauche du fer à cheval qui constitue la table des délégations alliées. Joaquín Méndez, le délégué du Guatemala, est assis à gauche de Don Antonio, concentré dans la lecture d´un document, sans prêter attention au discours de Clemenceau.

1919-06-07-Don Antonio J Mendez extracto

La photo ne permet pas de distinguer Burgos placé dans la même rangée que Méndez et Sánchez de Bustamante, dans la troisième chaise à compter de la table présidentielle.

Wikipedia raconte une belle histoire sur Joaquín Méndez. En 1914, Méndez est ambassadeur aux États-Unis lorsqu’il apprend que Rubén Darío est bloqué à New York. Darío avait essayé de gagner sa vie en donnant des conférences pour promouvoir la paix en Europe.

Dans l’un des ouvrages publiés dans les Studia in honorem Lía Schwartz (Université de La Corogne, 2019), on parle de l´aventure pacifiste que Rubén Darío a tenté à son arrivée à New York à la fin 1914. Après avoir vécu trois ans à Paris et abandonné sa femme et son fils à Barcelone, Rubén Darío et Alejandro Bermúdez, son secrétaire, présentent à Archer Milton Huntington une proposition de projet : PROPAGANDA PARA LA PAZ A TRAVES DEL CONTINENTE AMERICANO [publicité pour la Paix dans le continent américain].

Les deux intrépides Nicaraguayens ont cherché un financement pour donner 46 conférences visant à dénoncer l’indescriptible carnage européen et à agir en faveur de la paix, qui doit être “l’idéal suprême de tout homme bon et la plus haute aspiration des peuples”. Les conférences mettraient en évidence “la nécessité pour les peuples américains, dirigés par les Etats-Unis et en accord avec l’Espagne, d’être les premiers à gérer la paix en Europe, puisque des circonstances particulières favorisent des objectifs aussi élevés et plausibles”.

Anticipant la tâche quotidienne de tout fonctionnaire international qui se respecte, la somme demandée pour donner 46 conférences fut à l’époque de cinquante mille dollars, soit un peu plus d´un million deux cent mille dollars, en août 2018, selon les calculs précis du professeur Alison Maginn, de l’Université Monmouth, publiés dans le chapitre Rubén Darío : Archer Milton Huntington and the Hispanic Society, une des études réunies en hommage à Lía Schwartz, ma tante. Ceux qui sont arrivés au terme du film de mon voyage en Galice et en Bessarabie ont vu des extraits de l’hommage à Lía qui a eu lieu à New York, le 30 avril 2019, à l’Institut Cervantes.

Malgré les efforts de Hutington, en avril 1915, Rubén Darío se retrouve malade et sans ressources à New York. Trois personnes s’occupent de lui : un Colombien pauvre et inconnu, Juan Arana Turrol ; un Nicaraguayen, Salomón de la Selva (1893-1959), poète, soldat britannique pendant la Grande Guerre et dirigeant syndical avec Sam Gompers, Salomón crée des syndicats au Nicaragua et au Mexique – la mort surprend Salomón à Paris en ambassadeur de Somoza ; et Joaquín Méndez, l´ambassadeur du Guatemala.

Grâce aux efforts personnels de Joaquín Méndez et à la générosité du gouvernement guatémaltèque, Darío s’installe au Guatemala en avril 1915 et, après quelques mois, retourne au Nicaragua pour mourir, selon Eddy Kuhl, dans Aventura pacifista de Rubén Darío en Nueva York en 1914-1915, Revista de temas nicaragüenses (mars 2012).

Pour conclure, une note de poésie

Malgré les incertitudes matérielles, le 4 février 1915, dans le Havemedyer Hall de l’Université Columbia, Rubén Darío lut Pax! un poème qui contient cette strophe :

Se grita: ¡Guerra Santa!
acercando el puñal a la garganta,
o sacando la espada de la vaina;
y en el nombre de Dios,
casas de Dios en Reims y Lovaina
¡las derrumba el obús 42!…

Profitant de la célébration de l’armistice du 11 novembre 1918 qui avait formellement mis fin aux hostilités de la Grande Guerre ; en novembre 1976, en passant par Reims, je me rendis de Louvain à Paris. Comme je le raconte de manière récurrente, à Paris, j’ai commencé la romance qui se poursuit avec une jeune parisienne.

La cathédrale de Reims fut effectivement bombardée. Cependant, comme tous les étudiants latinos qui sommes arrivés à Louvain dans les années 70 le savons bien, ce n’était pas une maison de Dieu, mais la bibliothèque de l’université catholique qui fut détruite par les obus impériaux.

En cette année du centenaire, j’aimerais également faire perdurer le nom et la mémoire des valeureux membres de la Commission de la législation internationale du travail qui se sont réunis le 1er février 1919 à Paris pour rédiger la Constitution de l’OIT.

Les Cubains distribuaient du sucre et rêvaient de créer des hospices pour les orphelins de guerre belges et français. Rubén Darío se battait, avec ses poèmes, pour la paix dans le monde.

Pour une paix universelle et durable dans la justice sociale, tel qu’il reste écrit sur le fronton de l’OIT pour les cent prochaines années.


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Pour le Centenaire de l’Organisation internationale du Travail / Natan Elkin

Ma plus grande réussite en 25 ans de travail à l’OIT : l’identification du délégué cubain à la Commission de la législation internationale du travail !

A l’approche de la retraite, dans les derniers jours de juin 2016, il m’a semblé que je devais distraire mes collègues du Département des normes internationales du travail de l’immense tristesse causée par mon départ par le récit de ce qui me semble avoir été le résultat le plus notable de mon travail, pendant 25 ans, au Bureau international du travail.

Mon exploit le plus important en tant que membre du Bureau a été de rectifier le nom du délégué de la République de Cuba qui figure sur la photo historique de la Commission internationale de législation du travail, prise à Paris, au début de la Conférence de paix, le 25 janvier ou le 1er février 1919, selon les recherches que j’ai effectuées pour élaborer ce texte.

1919-01-Comision de la Legislación Internacional del Trabajo

1919-01-Comision-vignette

1.  A. Fontaine — 2. L. Jouhaux — 3. Baron Capelle — 4. Baron Mayor des Planches — 5. E. Phelan — 6. Dr. G. E. di Palma Castiglione — 7. Fosty — 8. Coronel Lister — 10. Gordon L. Berry — 11. Guy H. Oyster — 12. Mme. Jackson — 13. G. M. Hodgson — 14. E. Mahaim — 15. Comte Zoltowski — 16. E. Benés — 17. Dr. Martínez Ortiz — 18. A. N. Hurley — 19. H. M. Robinson — 20. H. B. Butler — 21. E. Vandervelde — 22. P. Colliard — 23. Samuel Gompers — 24. G. N. Barnes — 25. Sir Malcom Delevingne — 26. L. Loucheur.

Pendant de très nombreuses années, la photo de la Commission de la législation  internationale du travail a été exposée, parmi d’autres vestiges des archives du BIT, à proximité de la cafétéria de la salle du Conseil d’administration. Tout ce temps, en buvant les tasses de café au lait et de thé que je consommais quotidiennement pendant mes années en tant que fonctionnaire, je n’ai cessé d’admirer le visage du numéro 17 sur la photo, le seul nom latino-américain, parmi tant de personnalités européennes distinguées. Le nom indiqué pour le numéro 17 était celui de Sánchez de Bustamente. Antonio Sánchez de Bustamente y Sirven (1865-1961), que j’appelle respectueusement Don Antonio, l’éminent auteur du Code de droit international privé, dont j’ai entendu parler à la Faculté de droit de Buenos Aires et qui continue à être étudié dans les bons cours de droit en Amérique.

Les moustaches du chiffre 17 retenaient aussi mon attention, puisque je n’ai jamais réussi à faire pousser sous mon nez une moustache digne de ce panache.

En mars 2016, lorsque j’ai atteint l’âge de la retraite, pendant les trois mois au cours desquels mon contrat avec le Bureau a été prolongé, j’ai été invité à préparer une mission au Panama pour débloquer le processus de ratification de la convention (no 169) relative aux peuples indigènes et tribaux, 1989.

Afin de préparer mes présentations au Panama, et étant donné que tout le monde m’avait demandé à plusieurs reprises pourquoi l’OIT s’occupait des peuples autochtones, j’ai pris le temps d’analyser le texte du Traité de Versailles.  Ma belle-mère Jacqueline D. m’avait offert un précieux exemplaire original de ce texte. Ce n’est qu’en touchant les pages jaunies du Traité de paix que l’on comprend que la Société des Nations avait, parmi ses priorités, la promotion des conditions de vie des peuples et des communautés “non encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne” (article 23, page 34 du texte officiel). L’Organisation du travail devait élaborer des conventions internationales du travail qui peuvent ou non être appliquées dans les colonies (article 421 du Traité de Paix aux pages 421-422 du texte officiel). En conséquence, de 1935 à 1955, l’OIT a adopté des normes sur les travailleurs “indigènes” dans les territoires coloniaux.

Le Panama a ratifié quatre des cinq conventions sur les travailleurs « indigènes » dans les territoires coloniaux qui ont été adoptés jusqu’en 1955 et elles sont toujours en vigueur pour ce pays. En outre, quand j’écris ce texte, la Convention no 107 relative aux populations aborigènes et tribales, adoptée en 1957, est toujours en vigueur pour ces deux pays. Si je voulais faire avancer la ratification de la Convention n° 169 au Panama, il m’a semblé important de rafraîchir mes idées en relisant le Traité de Versailles et de présenter ce contexte historique à mes interlocuteurs locaux.

Onze pays d’Amérique latine (Bolivie, Brésil, Cuba, Équateur, Guatemala, Haïti, Honduras, Nicaragua, Panama, Pérou et Uruguay) et très peu de délégués ont assisté à la Conférence de paix. Pour le Panama, il y avait le nom d’Antonio Burgos, ministre plénipotentiaire du Panama à Madrid, au sujet duquel je n’ai pu, lors de ma visite au Panama en 2016, recueillir aucune information particulière. Ce n’est que deux ans plus tard que j’ai consulté le bilan lucide de la Conférence de Paix et de la situation européenne publié par le délégué panaméen, en Italie, en 1925[1].

Alors que je préparais une visite au Panama, je me suis arrêté à nouveau au nom du délégué cubain qui avait signé l’Acte de la Conférence de Paix : Antonio Sánchez de Bustamante, qui a souligné ses titres les plus appréciés : Doyen de la Faculté de Droit et Président de la Société cubaine de Droit International, diplômes qui ont sans doute accru le respect pour sa personne et son pays.

Martinez Ortiz, le délégué cubain à la Commission de la législation internationale du travail, réapparaît sur la photo.

En ces jours de mai 2016, alors que je préparais encore la mission au Panama, Fiona Rolian – l’animatrice du groupe d’amis et de retraités de l’OIT sur Facebook – a eu l’idée de publier la photo que je reproduis ci-dessous, dans laquelle un personnage se distingue avec une belle moustache aux cheveux gris, que je ne pouvais qu’associer immédiatement au numéro 17 de l’image de la Commission de la législation internationale du travail.

1919-Washington Conference-Ethelwert Stewart et sa moustache blanche

Cependant, les moustaches blanches de la photo précédente ont été immédiatement attribuées à Ethelbert Stewart, directeur du U.S. Bureau of Statistics.

Pour dissiper tout doute sur le visage de Don Antonio, j’ai cherché et trouvé sa photo sur Internet. Don Antonio avait un visage très triangulaire, avec une petite pointe de barbe blanche, qui ne coïncidait pas du tout avec le visage rond de celui qui portait ses moustaches blanches à la Commission de la législation internationale du travail.

Samedi 25 janvier 1919 : Don Antonio appareille de La Havane et le Dr Martínez Ortiz participe à la première réunion de la Commission de la législation internationale du travail.

Sur le site Facebook susmentionné, où certains retraités de l’OIT passent une part importante de leur temps précieux, Fiona Rolian a également partagé une page de la publication illustrée The Cuba Review, qui offre un rapport sur le départ de Don Antonio à la Conférence de Paix.

D’après ce qui a été publié dans The Cuba Review, nous savons que Don Antonio a embarqué le 25 janvier 1919, en route pour la France. “Les délégués ont quitté New York par le navire américain Orizaba et sont arrivés à Paris le 8 février. Avant l’arrivée du Dr Bustamante, Cuba était représentée à la conférence par Rafael Martínez y Ortiz, ministre en France”.

1919-The Cuba Review-Cuba Delegation to Peace Conference

En cherchant des informations sur Rafael Martínez Ortiz, j’ai trouvé dans un blog une photo du personnage qui correspondait le mieux au numéro 17 de la Commission de la législation internationale du travail. C’était le blog de Jorge Ferrer, un Cubain vivant à Barcelone, écrivain et traducteur du russe vers l’espagnol[2].

Jorge Ferrer a éveillé ma curiosité pour la vie et l’œuvre de Rafael Martínez Ortiz et m’a donné la première source de l’histoire d’amour que j’ai racontée à mes collègues en disant adieu à l’OIT. Je ne vais pas non plus anticiper une histoire d’amour réservée à ceux qui ont la patience de lire ce texte jusqu’à le fin.

En effet, il n’a pas été facile de vaincre la résistance des responsables des archives du BIT, mes chers Remo Becci et Jacques Rodriguez, et de les convaincre que le numéro 17 sur la photo n’était pas le prestigieux don Antonio, mais un médecin inconnu appelé Martinez Ortiz. Cependant, lorsque Remo Becci a révisé les versions précédentes des indications qui accompagnaient la photo de la Commission de la législation internationale du travail, le nom de Sánchez de Bustamente ne figurait pas dans une première version de la vignette, mais plutôt le nom de Martínez Ortiz.

Jacques a dû l’accepter sur Facebook : Après vérification, et grâce à la perspicacité de Natan, nous avons effectivement reconnu que la personne dont la silhouette correspondant à la vignette no.17 sur la photo de la Commission de la Législation internationale du Travail, n’était pas celle de Antonio Sánchez de Bustamante mais celle de Rafael Martínez Ortiz. Nous ferons la correction dans nos archives. Merci Natan Elkin d’avoir contribué à corriger cette erreur quelques 90 ans après.

Notons également qu’en 1926, lors de l’inauguration du premier siège du Bureau international du Travail, un document illustré reproduit la photo de la Commission de la législation internationale du travail, avec le nom (erroné) de Don Antonio. Je remercie Stanley Taylor, un autre membre éminent des Amis de l’OIT, qui a eu la gentillesse de partager, en juin 2018, le livret sur l’inauguration du bâtiment, publié en 1926.

1926-Building Inauguration Booklet

1926-Building Inauguration Booklet-vignette

Je répète que, très peu de jours après avoir quitté le Bureau, il me semblait avoir atteint le point culminant de ma carrière professionnelle : corriger une erreur qui durait depuis 90 ans et permettre aux nouvelles générations de connaître le nom et le visage du délégué cubain qui a souffert du froid de Paris, avec le sourire, entouré des très éminentes personnalités qui composaient la Commission de la législation internationale du travail.

La date et les personnalités de la photographie: 25 janvier / 1er février 1919

Les comptes rendus détaillés du Commission de la législation internationale du travail ont été publiés au Journal officiel du Bureau et sont disponibles sur Internet[3]. De cette façon, il est possible d’identifier, avec le numéro correspondant dans la vignette de la photo, les personnalités qui se sont rencontrées le 25 janvier 1919 pour entamer les discussions qui ont abouti à la création de l’OIT.

Le procès-verbal de la séance du samedi 25 janvier 1919, tenue au ministère du Travail, Hôtel du Ministre, Salle à manger, se lit comme suit :

La Conférence des Préliminaires de Paix, dans sa séance plénière du 25 janvier 1919, […] a décidé de nommer, pour l’étude de la législation internationale du travail, une Commission composée de quinze membres, à raison de deux membres pour chacune des Grandes Puissances (Etats-Unis d’Amérique, Empire britannique, France, Italie, Japon) et de cinq membres élus pour l’ensemble des Puissances à intérêts particuliers. Dans la Réunion tenue par ces Grandes Puissances, le 27 janvier  1919, la Belgique a été choisie pour désigner deux Représentants et Cuba, la Pologne et la République Tchéco-Slovaque chacun un Représentant. (…). La composition de la Commission, à la suite de la désignation de ses Représentants par chacun des Etats intéressés, se trouve ainsi être la suivante :

Etats-Unis d’Amérique : Hon. A. N. Hurley (18), Président de la Commission des transports maritimes ; M. Samuel Gompers (23), Président de l’American Federation of Labor.

Empire britannique : The Rt. Hon. G. N. Barnes (24), Ministre sans portefeuille ; Sir Malcolm Delevingne (25), K.C.B., Sous-Secrétaire d’Etat permanent à l’Intérieur.

France : M. Colliard (22), Ministre du Travail et de la Prévoyance sociale ; M. Loucheur (26), Ministre de la Reconstitution industrielle.

Italie : Le baron Mayor des Planches (4), Ambassadeur honoraire, Commissaire général de l’Emigration ; M. Cabrini, député.

Japon : M. Otchiai, Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de S. M. l’Empereur du Japon à La Haye ; M. Oka, ancien Directeur des Affaires commerciales et industrielles au Ministère de l’Agriculture et du Commerce.

Belgique : M. Vandervelde (21), Ministre de la Justice, Ministre d’Etat ; M. Mahaim (14), Professeur à l’Université de Liège, Secrétaire de la section belge de l’Association internationale pour la protection légale des travailleurs.

Cuba : M. de Bustamante, Président de la Société cubaine de droit international, Professeur à l’Université de la Havane. Remplacé provisoirement par : M. Rafael Martinez Ortiz (17), Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de Cuba à Paris.

Pologne : Le comte Jean Zoltowski (15), Membre du Comité national polonais (Délégué provisoire).

République Tchécoslovaque : M. Bénès (16), Ministre des Affaires Etrangères.

A la fin de la réunion, la commission disposait d’un bureau dans lequel chacune des cinq Grandes Puissances obtenait une place, bien que le ministre Loucheur (26) s’opposât cordialement à la nomination de deux secrétaires généraux et acceptait seulement que H. B. Butler (20) soit attaché à A. Fontaine (1).  La composition du bureau était la suivante:

Président : Samuel Gompers (23) (Etats Unis).

Secrétaire général : M. Arthur Fontaine (1) (France).

Secrétaire général adjoint : M. H. B. Butler (20) (Empire Britannique)

Secrétaires :

Etats-Unis d’Amérique : M. Guy H. Oyster (11).

Italie : M. G. E. di Palma Castiglione (6).

Japon :  M. Yoshisaka.

Belgique : Comte G. de Hemericourt de Grunne.

Liaison avec le Secrétariat général de la Conférence : M. J. Duboin.

Le procès-verbal nous permet également de déterminer que le Dr Martínez Ortíz était présent le 25 janvier et les 1er, 4 et 5 février. Après ces quatre réunions, le Dr Martinez Ortiz a été remplacé par Don Antonio. Parmi les quatre fois où le Dr Martínez Ortiz était présent, le ministre des Affaires étrangères de la République tchécoslovaque, Eduard Benes, n’était présent que les 25 janvier et 1er février. Il n’y avait pas d’autre jour où le Dr Martínez Ortiz et Benes auraient pu coïncider. Par conséquent, la photo a été prise le 25 janvier ou le 1er février 1919.

Visages souriants et tensions entre alliés

En souhaitant la bienvenue le 25 janvier 1919, le ministre Colliard propose que Sam Gompers soit élu président de la commission, ce qui donne lieu à des manifestations unanimes de soutien. Le comte Zoltowski a déclaré dans le procès-verbal qu’il était “heureux de voir M. Gompers élu Président” et a ajouté quelques mots que je suppose que Gompers a mieux compris que les autres membres de la commission: « Les ouvriers polonais ont trouvé aux Etats-Unis un excellent accueil ; ils sont répartis dans les usines d’un grand nombre de pays et ont grand intérêt à l’établissement d’une législation internationale ». Sam Gompers est né à Londres, en 1850, dans une famille juive d’Amsterdam et a suivi des cours dans une école juive laïque pendant son enfance. Quand Sam avait 13 ans, la famille Gompers s’est installée dans le Lower East Side de New York. Les ouvriers polonais que le comte Zolotowski avait à l’esprit étaient, dans une large mesure, des Juifs, victimes de meurtres collectifs, comme ce fut le cas à Lemberg, deux mois seulement avant la réunion de la commission, du 21 au 23 novembre 1918[4].

Si j’évoque les événements de Lemberg qui, à l’époque, se trouvait en territoire polonais et aujourd’hui en Ukraine (la ville s’appelle Lviv), c’est pour souligner que, malgré les sourires unanimes que l’on voit sur la photo, les affrontements entre les pays qui sont sur la photo se sont également multipliés à cette époque. Le 23 janvier 1919, l’armée tchécoslovaque s’était emparée de la ville de Tesen sur le territoire polonais[5], mais cela n’empêcha pas l’éminent Eduard Benes (16) d’être photographié juste à côté du comte Zolotowski (15).

Le samedi 24 janvier 1919, le Président Woodrow Wilson, présent à la Conférence, tenta d’imposer l’ordre entre les délégations : les actes de force porteront gravement préjudice aux revendications de ceux qui utilisent de tels moyens sous-entendant que ceux qui emploient la force mettent en doute la justice et la validité de leurs revendications et impliquent que leur but est d’établir leur souveraineté par la contrainte plutôt que par préférence raciale ou nationale et l’association historique naturelle… S’ils attendent justice, ils doivent renoncer à la force et remettre leurs revendications de bonne foi aux mains de la Conférence de paix. [Texte en anglais repris de l’ouvrage de Carole Fink mentionnée à la note 5: “the presumption that those who employ force doubt the justice and validity of their claim” and imply that their purpose was to “set up sovereignty by coercion rather than by racial or national preference and natural historical association… if they expect justice, they must refrain from force and place their claims in unclouded good faith in the hands of the Conference of Peace”].

Voyant qu’un délégué cubain était membre de la commission, je suppose aussi que Gompers, a ressenti une émotion personnelle. Comme son père, Samuel avait travaillé dans la fabrication de cigares. En 1875, il est élu président de la section locale 144 de l’Union internationale des fabricants de cigares et, jusqu’à sa mort en décembre 1924, il a occupé la première vice-présidence du Syndicat des fabricants de cigares. Les biographies de Gompers soulignent ses relations avec Cuba : “Gompers, qui avait des liens avec les travailleurs cubains du cigare aux États-Unis, a appelé les Américains à intervenir à Cuba ; il a soutenu la guerre avec l’Espagne en 1898. Il a cependant rejoint la Ligue anti-impérialiste, après la guerre, pour s’opposer au projet du président William McKinley d’annexer les Philippines[6]“.

Le code génétique de l’OIT se trouve sur la photo

L’OIT est définie comme une institution “tripartite” au sein de laquelle un consensus est recherché entre les représentants des gouvernements, des employeurs et des syndicats pour atteindre les objectifs de l’Organisation. L’origine du tripartisme se trouve dans cette commission de la conférence de paix qui, en plus d’avoir des délégués gouvernementaux, avait associé des personnalités représentant les syndicats (Sam Gompers (23), Leon Jouhaux (2)), les employeurs, A. N. Hurley (18) et la société civile, comme E. Mahaim (14), professeur à l’Université de Liège et secrétaire du comité belge de l’Association internationale de législation du travail.

L’Association internationale de législation du travail, association privée créé à Bâle en 1901, avait des correspondants dans différents pays et cherchait à diffuser et à analyser les législations novatrices adoptées au niveau national pour réglementer les conditions de travail. Sir Malcolm Delevingne (25), sous-secrétaire anglais à l’Intérieur, était également un membre actif de cette association, tout comme Arthur Fontaine (1), directeur de l’Office du Travail.

Les personnalités les plus en vue sont en première ligne de la photo : Sam Gompers (23), président de la principale confédération syndicale nord-américaine, avec les quatre ministres des grandes puissances : Pierre Colliard (22), ministre français du Travail, à sa gauche ; et G. N. Barnes (24), ministre britannique sans portefeuille, et Louis Loucheur (26), ministre français de la Reconstruction industrielle, à sa droite. Ainsi que E. Vandervelde (21), ministre belge de la Justice, avec son acolyte E. Mahaim (14), un représentant de l’Association internationale de législation du travail, ont réussi à se glisser dans la première rangée.

Albert Thomas, qui avait précédé Louis Loucheur (26) comme ministre français de l’Armement, sera élu premier directeur du Bureau grâce à l’action conjointe d’Arthur Fontaine (1) et de Léon Jouhaux (2) qui parviennent à battre le candidat britannique Butler (20). Quand A. Thomas meurt (mai 1932), Butler (20) occupera la direction du Bureau jusqu’en décembre 1938. L’Américain John Winant, qui était déjà directeur général adjoint, a servi pendant une courte période (1939-1941) comme directeur. Une autre personnalité déjà présente sur la photo, E. Phelan (5), dirigera le Bureau jusqu’en 1948 (reconverti de britannique en irlandais).

Le prix Nobel de la paix de 1951, décerné à Léon Jouhaux (2), personnalité marquante du syndicalisme français, se distinguera comme représentant syndical au Conseil d’administration de l’OIT. De même pour A. Fontaine (1), qui avait été élu premier président du Conseil d’administration du BIT, occupera ce poste jusqu’à sa mort (septembre 1931).  Gabriel Ventejol (1919-1987) appartenait au même mouvement syndical français que Jouhaux, CGT Force Ouvrière, qui l’a accompagné et l’a finalement remplacé comme représentant syndical au conseil d’administration. En 1977 et 1984, Gabriel Ventejol a présidé deux séries de discussions sur les normes internationales du travail qui demeurent le substrat de la politique normative de l’OIT et certaines des questions en suspens sont toujours d’actualité pour l’Organisation.

Ma conclusion est que le profil des personnalités qui se sont réunies en 1919 pour créer l’OIT continue à conditionner la vie de l’Organisation à ce jour. L’actuel directeur général, Guy Ryder, est un syndicaliste britannique profondément enraciné à Bruxelles, siège des principales organisations syndicales social-démocrates et chrétiennes. A l’exception d’une décennie chilienne de Juan Somavía (1999-2008), les directeurs généraux britanniques (Butler, Jenks et Ryder) / irlandais (Phelan) ; français (Thomas, Blanchard) ; nord-américains (Winant, Morse) et, évidemment, un belge (Hansenne) ont alterné au Bureau.

Quatre aristocrates sur la photo

Le Baron Edmond Mayor des Planches (4) a eu une carrière diplomatique fructueuse en Italie, bien qu’il soit né à Lyon (France) dans une famille juive du canton de Vaud (Suisse), selon l’encyclopédie Treccani.

A gauche du Baron Edmond (4) et à droite de Léon Jouhaux (2), il y a un chapeau et une moustache chaplinesque correspondant au jeune Baron Robert Capelle (3). Le Baron R. Capelle a poursuivi une carrière diplomatique jusqu’à ce qu’il devienne chef de cabinet du ministre E. Vandervelde (21) (en 1926). Par la suite le Baron R. Capelle a été nommé secrétaire du roi Léopold III, qui lui donnera la dignité de comte. Le Comte Robert devra répondre aux accusations de collaboration avec l’occupant nazi qui ont conduit à l’abdication du roi Léopold III. Je suis intrigué qu’ils soient côte à côte sur la photo, L. Jouhaux (2), qui a résisté et combattu le nazisme, et le comte Robert (3), qui a collaboré à l’occupation nazie de son pays.

On trouve également le Comte Zoltowski (15), qui figure en tant que membre du Comité national polonais. En effet, la République de Pologne n’a été créée qu’à la fin de la Conférence de Paix. Et la famille Zolotowski a été enterrée à Buenos Aires par Lázaro Costa, la plus réputée compagnie de pompes funèbres, au seul cimetière digne de son rang, La Recoleta.

OIT Centenario-Condes en la Recoleta

OIT CENTENARIO-Lazaro Costa

Le dottore Guglielmo Emanuele di Palma Castiglione (6), né à Turin en 1879, appartenait également à une famille noble. Après s’être occupé des migrations[7] au ministère des Affaires étrangères, il entre au Bureau le 1er février 1920 et prend sa retraite en décembre 1937. G. E. Di Palma Castiglione a publié, dans une prestigieuse revue florentine, une analyse de la XIe session de la Conférence internationale du travail[8] qui a retenu l’attention de Antonio Gramsci dans la prison fasciste[9].

Cuba à la Conférence de Paix

Cuba a été le dernier territoire américain à obtenir son indépendance de l’Espagne lorsque le traité entre les États-Unis et l’Espagne a été signé à Paris en décembre 1898. Ce n’est qu’en 1902 que Cuba a élu un président né sur l’île, Mario García Menocal. Le général Menocal a occupé la présidence pendant deux mandats consécutifs (1913-1917 et 1917-1921). Toujours alignée sur la politique étrangère américaine, la décision de Menocal de déclarer la guerre à l’Empire allemand et de participer à la Première Guerre mondiale a été le premier acte international du pays.

La déclaration de guerre a été accompagnée de quelques aspects curieux et propres qui montrent leur volonté d’être visible sur la scène internationale. Cuba adopte une “loi sur l’aide financière aux alliés’’ qui autorise des crédits pour le soutien à des hôpitaux, des ambulances des hospices que pourra établir la Croix-Rouge cubaine en Europe et pour le soutien des soldats et des membres de leurs familles qui ont été victimes de la guerre. Cette loi a créé la “Commission cubaine pour la propagande de la guerre et l’assistance aux victimes”. La population cubaine a également été encouragée à contribuer à l’effort de guerre des Alliés en faisant des dons d’espèces et de produits, principalement aux victimes de la guerre en France.

Il est important de rappeler une autre information, parue dans The Cuba Review, concernant les efforts déployés par le Gouvernement cubain pour appuyer sa délégation à la Conférence de paix: le Président Menocal a signé un décret autorisant un crédit de 40.000 dollars, dont 10.000 dollars seront affectés aux dépenses personnelles du voyage et aux dépenses pour trois mois de la délégation de la République de Cuba à la Conférence de Paix, les 30.000 autres dollars devant être utilisés pour toutes dépenses que la délégation pourra engager pendant son séjour à Paris.

L’Orphelinat de guerre cubain à Paris

La Esfera, le plus prestigieux journal illustré espagnol de l’époque, dans son édition du 3 mai 1919, a fait écho de la volonté de Cuba d’exprimer sa solidarité avec les victimes de la guerre en Europe. Dans l’édition du 3 mai 1919, une page entière signée Eduardo Zamacois[10] loue la performance de Cuba en Europe. La photo de la Première Dame, Doña Mariana Seva de Menocal, en sa qualité de Présidente du Comité des Dames de la Croix-Rouge, illustre la partie supérieure de la page du journal, tandis que dans la marge inférieure gauche figure la photo du Dr Martínez Ortiz, Ministre de Cuba à Paris.

Zamacois sobre Rafael

Eduardo Zamacois ne peut s’empêcher de consacrer un compliment au Président Menocal et mentionne le diplôme de génie civil qu’il a obtenu à l’Université Cornell et son activité professionnelle. Le président Menocal, également connu sous le nom de “el mayoral de Chaparra[11]” était “le directeur de la société sucrière la plus riche du monde”. En effet, c’était une activité rémunératrice pour les sucreries de placer du sucre cubain aux Etats-Unis, à un prix préférentiel, pour soutenir l’effort de guerre des alliés[12].

L’article de Zamacois souligne que le Dr Martinez Ortiz, ministre cubain à Paris, a proposé la création immédiate d’un “orphelinat de guerre” dans lequel cent enfants appartenant aux deux nations qui ont le plus souffert – la Belgique et la France – pourraient recevoir une éducation et un abri décents. L’initiative cubaine de protection des enfants européens est due, selon l’article, “au sénateur Cosme de la Torriente, et sa réalisation est due à la décision rapide du général Menocal et de son épouse, une femme toute tendre, douce comme une page de l’Évangile, en qui rivalisent la noble beauté du cœur et la chaude beauté créole du visage’’.

Si les lignes du journaliste pouvaient être mises à jour dans la langue officielle de l’OIT, on pourrait dire que les enfants européens recevront une éducation et un abri “décent” dans un orphelinat cubain à Paris. Toute mention de “la beauté créole chaleureuse du visage” de la Première Dame serait également supprimée des textes officiels. Il conviendrait d’examiner la relation entre Ana Torriente, la collègue qui a pris ma relève au Département des normes internationales du travail, et les initiatives de certains de ses nombreux illustres ancêtres, y compris certainement le sénateur Cosme de la Torriente, qui, selon Zamacois, a eu l’initiative de créer un orphelinat de guerre cubain à Paris.

Selon Zamacois, le gouvernement cubain couvrait tous les frais d’entretien des enfants belges et français qui seront installés dans l’”orphelinat de guerre cubain”. Dans le règlement de l’orphelinat, il avait été prévu que “l’étude de la langue espagnole est obligatoire”, avec l’intention d’attirer de nouveaux immigrants belges et français à Cuba.

Le délégué du Panama assure la coordination avec Cuba

Avant d’aller plus loin, il serait utile de savoir que la délégation cubaine jouit de la confiance des autres délégations latino-américaines présentes à la Conférence de paix. Selon Antonio Burgos, le délégué du Panama, “les forts – le Conseil suprême des Alliés – tenaient constamment des sessions secrètes, discutaient, résolvaient, exécutaient et ne faisaient connaître aux petites puissances que certaines de leurs décisions en session plénière. Dans ces délibérations, on nous a permis, pour les apparences, de faire valoir notre point de vue, mais sans que notre opinion soit prise en compte et moins que n’importe quelle de nos attitudes, contraires ou favorables, pourrait nuire les questions résolues au préalable par les seigneurs du Conseil suprême”[13].

Les délégués latino-américains, qui se réunissaient chaque semaine à l’hôtel Meurice, ont suivi les judicieux conseils de Don Antonio et accepté que seules les initiatives présentées par les grandes puissances alliées et associées (Etats-Unis, Empire britannique, France, Italie et Japon) puissent se développer à la Conférence de Paix[14].

La Paix de Versailles à la Chambre des représentants : le “triomphe cubain à Paris”.

En octobre 2009, mon cher ami et collègue Germán López Morales, en sa qualité de directeur du Bureau de l’OIT pour le Mexique et Cuba, a pris l’excellente initiative d’organiser une manifestation à La Havane au cours de laquelle, entre autres choses, nous avons promu la convention (no 144) sur la consultation tripartite (normes internationales du travail), 1976. La convention n° 144 vise à renforcer le tripartisme et les mécanismes de consultation entre les autorités gouvernementales et les représentants des organisations d’employeurs et de travailleurs.

Pendant l’année 2009, le Bureau n’a pas échappé à la frénésie qui entoure l’Organisation chaque fois que l’année grégorien termine en 9. Le document que j’ai élaboré pour présenter la convention no 144 à Cuba devait contribuer également à commémorer l’anniversaire de l’Organisation et, en liaison avec les autorités locales, j’ai souligné ce qui était possible de voir que Cuba avait fait pour adhérer à la convention sur les consultations tripartites concernant les normes internationales du travail.

Avec assez d’innocence, il m’a semblé évident qu’il serait bon de féliciter nos interlocuteurs cubains du travail de Don Antonio à la Conférence de Paix. De plus, nous avions la photo qui montrait que Cuba avait été présent au moment magique et exclusif de la création de l’Organisation internationale du travail.

Avec la collaboration d’une stagiaire mexicaine excellente et inoubliable, le Dr Montserrat González Garibay, j’ai eu la chance de trouver un document inattendu : le discours prononcé par Fernando Ortiz[15], en sa qualité de vice-président de la Chambre des représentants, à la séance du 4 février 1920, séance consacrée à l’examen de l’adhésion de Cuba à la Société des Nations.

Selon Don Antonio, la prestation de la délégation cubaine méritait d’être considérée comme un “triomphe cubain à Paris”. Malheureusement, je n’ai pas accès à la documentation gouvernementale soumise à la Chambre des représentants ni au discours prononcé par Don Antonio.

La lecture du pamphlet publié par F. Ortiz[16] laisse planer des doutes sur le triomphe de Cuba à Paris. F. Ortiz critique en termes généraux le gouvernement Menocal pour avoir retardé la présence de Don Antonio à Paris et souligne les actions de “notre adroit ministre plénipotentiaire à Paris, le Dr Rafael Martínez Ortiz “. Par la suite, F. Ortiz se félicite de l’intervention du Dr Martinez Ortiz devant les autorités françaises pour empêcher une augmentation des droits de douane français sur les importations de tabac cubain – “un simple problème d’ajustement du tarif douanier qui a été résolu avec l’habilité et l’expertise que chacun reconnaît au Dr Martinez Ortiz ” (page 7).

F. Ortiz indique que “[…] notre premier Délégué a dû représenter Cuba aux premières sessions des Conférences et obtenir un succès, après avoir obtenu de ce congrès des nations que la République de Cuba puisse être représentée… précisément dans une des sections les plus importantes, dans laquelle va se développer la législation mondiale du travail ” (page 8).

Selon F. Ortiz, “l’un des délégués belges” (Emile Vandervelde ou Ernest Mahaim) a proposé au Dr Martinez Ortiz de participer à la Commission de la législation internationale du travail “représentant toute l’Amérique du Sud, avec l’accord de nos sœurs d’indépendance, de lignage et de culture”… “Cuba fut admis comme le porte-drapeau de toute une civilisation” (pages 8-9).

Don Antonio aurait affirmé devant la Chambre des représentants que, grâce à la création de l’Organisation du travail, la Conférence de paix avait aboli “l’esclavage économique du travailleur”. Bien que F. Ortiz reconnaisse que “la charte fondamentale du prolétariat” a été rédigée à Paris, il tempère l’ardeur de Don Antonio et s’arrête à l’article 427 du Traité de paix qui énumère les neuf principes et méthodes auxquels une importance particulière et urgente est accordée afin d’atteindre les objectifs de l’Organisation du travail.

F. Ortiz développe un argument en opposant la lettre de l’article 427 du Traité de paix à la réalité des travailleurs cubains (pp. 27-28) qui mérite d’être rappelé :

(…) « Le traité stipule que le travailleur ne peut plus être considéré comme une marchandise[17], tandis que le délégué de Cuba, comme celui d’autres gouvernements, penserait peut-être que dans sa patrie, le travailleur continue d’être une marchandise, librement échangée, impuissant face à l’assaut de l’offre et de la demande, comme le sucre ou le tabac, sans que l’embauche mérite une protection spéciale dans notre législation.

Ce traité établit que le travailleur doit gagner un salaire minimum suffisant pour satisfaire ses besoins selon la nature et la culture ; alors que, là aussi, le travailleur n’a que son propre syndicat comme défense et l’État a des employés qui ne reçoivent que 40 ou 50 pesos par mois, insuffisants pour une vie saine et décente.

Il est inscrit dans la charte fondamentale du travailleur que la libre syndicalisation des employeurs et des travailleurs est libre, alors qu’ici… ni l’exercice le plus inoffensif du droit de réunion n’est permis, ni le syndicalisme généralement garanti quand il n’est pas pratiqué pour accumuler des biens. Le temps de travail quotidien n’a pas encore été légiféré dans nos régions, alors qu’il est déjà devenu un précepte du traité de paix, (…).

La réparation des dommages subis par les accidents du travail, qui apparait dans le texte du Traité, dispose à Cuba d’une consécration légale pompeuse mais pas appliquée et falsifiée par les règlements gouvernementaux.

Les femmes qui, dans le Traité de paix, conquièrent le droit international à la protection publique en tant que travailleuse et en tant que mère, ne méritent pas d’être protégées par la loi à Cuba.

Les signataires du traité de Versailles veulent que chaque État dispose d’un corps d’inspecteurs du travail, composé d’hommes et de femmes, peut-être pour encourager les gouvernements qui, comme celui de Cuba, n’ont pas encore réussi à organiser un centre gouvernemental et officiel capable d’affronter et de diriger tous ces conflits sociaux avec la compétence et l’énergie requises. »

Cette relecture d’une disposition conventionnelle à la lumière des réalités nationales sera une ressource oratoire fréquemment utilisée par les délégations à la Conférence internationale du Travail. Cette méthode permet d’exagérer à quel point on se rapprochait ou s’éloignait au niveau local des objectifs d’une disposition des normes internationales du travail.

En tout état de cause, F. Ortiz était conscient de la portée universelle des idéaux de l’OIT et, en concluant son discours, il a dit avec insistance :

“Aux membres de cette assemblée d’une jeune nation : les libertés que nous consacrons ici n’empêchent pas que d’autres libertés issues de la réforme républicaine du gouvernement et la liberté individuelle doivent être respectées par les pouvoirs publics ! Que l’ingéniosité diplomatique de Versailles soit mieux respectée que l’ingéniosité traditionnelle de Cuba !   (…)

 “Si nous continuons à nous abandonner aux ambitions incultes et aux impulsions réactionnaires de l’injustice, notre situation dans le monde sera plus que modeste : nous continuerons comme avant, à la lisière du chemin de la vie : paresseux, endormis, sans entendre les cris des nations qui marchent et demandent, en haillons, l’aumône de la justice et du respect de notre souveraineté, aux grandes nations qui, au galop de leur civilisation, nous laissent sur le chemin de l’avenir, haletant et mordant la poussière du progrès qui s’éloigne.”

Imaginant que mes interlocuteurs cubains d’octobre 2009, connaissaient les paroles que F. Ortiz avait prononcé en 1920, et qu’ils pourraient objecter que l’OIT n’avait pas non toujours épuisé le mandat de 1919, je me suis permis d’ajouter un commentaire personnel qui disait :  Dans le contexte actuel, certaines des affirmations précédentes sont toujours valables : le fossé entre le droit international du travail et son application dans un grand nombre de pays est encore considérable. Le principe de la consultation tripartite contenu dans la convention no 144 prend de l’importance dans ce contexte en tant que pont entre la réalité nationale et les principes internationaux.

Un peu plus d’un an après le débat au Parlement, la délégation cubaine a obtenu une véritable victoire à la Société des Nations. Le triomphe cubain s’est produit à Genève dans la belle matinée du 14 septembre 1921, lorsque la délégation cubaine, dirigée par l’illustre Cosme de la Torriente, a obtenu l’élection de Don Antonio comme juge à la Cour permanente de justice internationale[18]. Quelques années plus tard, cependant, la réélection de Don Antonio rendra furieux C. Wilfred Jenks alors qu’il était encore étudiant à l’Université de Cambridge, avant de commencer une brillante carrière au Bureau.

Jenks : Don Antonio et ses amis, une nuisance pour la Société des Nations

Malgré toutes les bonnes choses à penser de Don Antonio, peu de temps avant d’être recruté au service juridique du Bureau et d’entamer une brillante carrière qui aboutira au poste de Directeur général, Jenks[19] affirme qu’il existe un ‘Latin-American problem in the League of Nations’.[20]

Selon Jenks, les problèmes de la Société des Nations sont dus au fait que Cuba a réussi à bloquer le consensus requis pour l’entrée en vigueur de la réforme du Statut de la Cour permanente. Avant de participer au consensus, la délégation cubaine a voulu s’assurer que Don Antonio renouvelle son mandat de juge à la Cour permanente :

[…] it was loudly whispered in the Assembly couloirs that the only motive of the Cuban Government was a desire to protect the vested interest of a particular member of the Court. Then came the Court elections and Judge Bustamante, the individual in question, was triumphantly re-elected to his position by the caucus and their allies[21].  

En effet, selon Jenks, trois pays des “Caraïbes” (Colombie, Cuba et… El Salvador) ont eu l’audace de demander par écrit de leur réserver des postes de juges, ce qui a permis à Jenks d’exprimer son inquiétude quant à l’absence du Brésil et du Chili à la Cour permanente :

[…] Chilean[22] and Brazilian[23] candidates of great personal distinction failed to secure election and three judges were chosen from the Caribbean States. For the Portuguese variant of Latin-American law no place has been found upon the new court and the three Latin-American judges who will take office on January 1st are therefore less representative of the principal legal systems of the world than were their two predecessors.

Jenks identifie les deux autres audacieux mousquetaires (les délégués de la Colombie et du Salvador à la Conférence de la Société des Nations) coupables d’avoir triomphé dans leur manœuvre et obtenu leur propre nomination à la Cour permanente :

But Judge Bustamente will doubtless revel in the company of Dr. Guerrero[24], of Salvador, and Señor Urrutia[25] of Colombia, both of whom signed the letter claiming three Latin American places on the Court, the Statue of which their governments had not then ratified although they had signed in 1920

Bien qu’il soit compréhensible que le jeune Jenks ait eu ses préférences parmi les pays d’Amérique latine, rien ne permet de dire qu’El Salvador soit un pays des Caraïbes. En tout état de cause, les personnalités des juristes Urrutia et Guerrero, ainsi que celle de Don Antonio, étaient parfaitement adaptées en tant que représentants de la culture du continent. L’attitude militante du jeune Guerrero anticipe son comportement exemplaire en tant que président lorsqu’il parvient à soustraire les archives de la Cour permanente à l’armée allemande qui occupe La Haye pendant la seconde guerre mondiale.

Sans entrer dans une analyse du travail accompli par les juges latino-américains de la Cour permanente, tout indique que Don Antonio était un bon juge. Le juge Sánchez de Bustamante a émis deux opinions dissidentes : en ce qui concerne la compétence de la Cour permanente, dans l’affaire des concessions Mavrommatis en Palestine, août 1924, et dans le jugement sur les emprunts serbes, juillet 1929. Don Antonio s’opposa également à la majorité de la Cour permanente dans l’arrêt rendu en juillet 1923 sur la Carélie orientale.

Stanley Taylor a publié sur Facebook une photo des délégués latino-américains qui ont participé à la VIIIème réunion de l’Assemblée de la Société des Nations (septembre 1927), honorée par Motta, président de la Confédération suisse, et Thomas, directeur du Bureau, prise le lundi 26 septembre 1927, publiée par La Patrie Suisse, le 5 octobre 1927, où apparaissent Guerrero et Urrutia.

1927-La Patrie Suisse-Delegues latinoamericains SDN

A la page 171 de la brochure publiée par le Secrétariat de la Cour internationale de Justice, La Cour permanente de Justice internationale, 1922-2002, il y a une belle image, prise en mai 1937, du Dr Guerrero marchant sur les rives de la Meuse près de la ville hollandaise de Limmel, en conversation avec Don Antonio, et à ses côtés, sa jambe droite bien avancée et la main gauche dans la poche, le greffier de la Cour permanente, Julio López Oliván[26].

1937-Don Antonio Dr Guerrero Julio Lopez Olivan

Cuba, 1928 : 16 conventions internationales du travail ratifiées

Jenks reconnaît dans son article qu’en 1931, Cuba était le Membre latino-américain ayant ratifié le plus grand nombre de conventions internationales du travail (16 ratifications), un nombre si élevé que les États-Unis d’Amérique n’ont pu atteindre ce chiffre un siècle après la création de l’OIT. Ceci dit, sauf pour des périodes exceptionnelles, les États-Unis ont un dialogue social fluide et des consultations tripartites efficaces, alors qu’à Cuba, malgré mes efforts, il n’y en a toujours pas.

On ne peut éviter une autre parenthèse et revenir aux aventures de Rafael : le Dr Martínez Ortiz étant Secrétaire d’Etat de la République, le Bureau enregistre – les 7 juillet[27] et 6 août 1928[28] – la ratification par Cuba de 16 conventions internationales du travail. Jacques Rodriguez m’a permis de consulter les 16 instruments de ratification : tous les documents portent la signature du Président Machado et le sceau du Secrétariat d’Etat… mais les instruments de ratification ont été signés par J. M. Fernández, en sa qualité de “Secrétaire de la Santé et des Affaires sociales et d’Etat intérimaire”.

Malgré la crise économique internationale, le Dr Martinez Ortiz avait d’autres activités importantes à mener qui l’ont forcé à quitter son bureau….

La vie et la carrière du Dr Martínez Ortiz

Rafael est né à Santa Clara le 20 décembre 1857. Rafael était le fils de José Martínez Ortiz, originaire de Santander en Espagne, et de la Cubaine Cristina López-Silvero Ledón. Son nom et prénom d’origine étaient Rafael Martínez López.

Les grands-parents paternels de Rafael étaient Joaquín López-Silvero et Rudesinda Ledón. Le chirurgien Francisco Javier López(-Silvero) Ledón, son oncle, le frère de sa mère, était bien établi à Arenys de Mar, comme me l’a communiqué Hug Palou i Miquel, le directeur des Archives historiques Fidel Fita de la Mairie d’Arenys de Mar, près de Barcelone.

Après des études de médecine à Barcelone, Rafael retourne à Cuba et entame une carrière politique qui le mènera à la Chambre des représentants et au poste de secrétaire des Finances et de l’Agriculture pendant quelques mois en 1910.

En janvier 1912, le Dr Martinez Ortiz publie “Cuba. Les premières années de l’indépendance”, un livre dans lequel il se présente comme “témoin des événements qui ont eu lieu pendant la période constitutive de notre nation”. La première édition est dédicacée “À la ville de Santa Clara consacre cette œuvre. L’auteur”.

La deuxième partie du travail est consacrée à l’intervention américaine et à la mise en place du gouvernement de Tomás Estrada Palma, aux élections présidentielles de 1905, à la guerre civile, à la deuxième intervention américaine et au rétablissement de la République. Ce volume est publié à Paris en septembre 1920, alors que le Dr Martínez Ortiz représente son pays auprès du gouvernement français et participe à la Conférence de Paix. En 1926, Martínez Ortiz sera membre correspondant de l’Académie d’Histoire, par Santa Clara.

La troisième édition de l’ouvrage est également publiée à Paris, en 1929[29]. Dans cette édition, le Dr Martínez Ortiz ajoute une nouvelle dédicace :

HONORABLE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, LE GÉNÉRAL GERARDO MACHADO ET MORALES. Monsieur le Président : Ce livre est dédié, dès sa première édition, à notre bien-aimée Villaclara ; mais je veux vous offrir, Honorable Président, fils le plus éclairé de notre ville natale, la troisième édition qui paraît aujourd’hui de mon œuvre, formée avec les souvenirs patriotiques des premières années de la vie nationale. Par conséquent, Monsieur le Président, je vous prie d’accepter l’offre simple et cordiale de votre ami et «coterráneo », Rafael Martínez Ortiz.

Jorge Ferrer assure que le travail du Dr. Martínez Ortiz mériterait toujours d’être lu et raconte dans sa note une scène que le Dr. Martínez Ortiz relate de la première rencontre entre Rafael Montoro[30] et Tomás Estrada Palma[31], où le président nouvellement élu assure à l’ancien dirigeant autonomiste : “Cuba sera la Suisse des Amériques ! Montoro montre la rue et demande : “Et où sont les Suisses ?”.

A l’occasion de la publication de la troisième édition de sa chronique de l’indépendance, le Dr Martínez Ortiz est secrétaire d’Etat, poste qu’il a occupé de novembre 1926 à décembre 1930.

Il convient de noter que Martínez Ortiz a été distrait par deux tâches collatérales : publier, à Paris, la troisième édition de son histoire de Cuba et faire construire, également à Paris, un mausolée dédié à la mémoire d’Emilia Rovira y Presas, son premier amour, un mausolée installé au cimetière municipal d’Arenys de Mar, en périphérie de Barcelone, sur la rive de la Méditerranée.

Sur l’amour perdu du docteur Martínez Ortiz à Arenys de Mar

 

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Jorge Ferrer, écrivain et traducteur cubain basé à Barcelone, m’a rappelé l’article de Montserrat Calas, intitulé Ronda de Amor en Sinera, publié dans El País, le 24 mars 2000. L’histoire semble être une histoire d’amour banale entre la belle jeune femme d’une famille puissante (Elivra Rovira y Presas) et le fils du facteur du village (Rafael Martínez Ortiz). Le jeune homme prospère lorsqu’il part pour les Amériques, mais son être le plus cher meurt de chagrin, ne sachant pas que sa famille a intrigué pour lui cacher la correspondance amoureuse qu’elle avait reçue de Cuba.

Selon El País, les événements se sont déroulés comme suit :

Emilia Rovira était une belle jeune fille d’Arenys de Mar, fille d’une famille aisée – son père était procureur – qui tomba amoureuse de Rafael Martínez, un humble garçon, fils du facteur de la ville. Sa famille a entravé l’amour des deux jeunes gens et Rafael a décidé d’aller en Amérique pour faire fortune et revenir plus tard pour épouser sa bien-aimée. Mais la famille Rovira a intercepté les nombreuses lettres d’amour que le jeune homme a écrites de l’autre côté de l’Atlantique. A La Havane, Rafael a fait une carrière politique, a été Secrétaire d’Etat et représentant de Cuba à Paris. Ne recevant pas de réponse à ses lettres, il a cru qu’Emilia l’avait oublié et il avait épousé une jeune Cubaine aux Antilles. Emilia attendait le retour de son bien-aimé, mais le manque de nouvelles a fini par la consumer, jusqu’à ce que le chagrin et la tristesse prennent fin d’elle. Elle est morte de chagrin à l’âge de 33 ans.

Quelques temps plus tard, Rafael, déjà propriétaire d’une fortune importante et ayant une position sociale reconnue en tant que politicien et médecin, retourne à Arenys pour des raisons de travail. Apprenant son histoire, il commanda la construction d’un panthéon de marbre surmonté du buste d’Emilia, sculpté à partir d’une photographie que la jeune femme lui avait donnée peu avant son départ en Amérique. Le tombeau, qui a coûté 1.877 pesetas, a une dédicace discrète : “Son ami d’enfance, le Dr Rafael Martínez Ortiz, consacre ce souvenir à sa mémoire”. Rafael avait l’intention d’enterrer les restes de sa bien-aimée et de les transporter au panthéon, mais la famille de la jeune fille s’interposa à nouveau entre les deux amants et ne le permit jamais. Avant de fermer la tombe, Rafael déposa à l’intérieur une rose qui, selon la légende populaire, resta intacte.

El Mundo, à la même date, publie un article signé Jordi Andreu, avec le titre : Epilogue pour une histoire d’amour. Selon El Mundo, Rafael est né à Cuba et étudiait la médecine à Barcelone. La famille Rovira Oliver y Presas Canut a refusé que leur fille Emilia Mercedes Esperanza de Rovira Presas s’installe à Cuba avec le jeune docteur Rafael.

Le texte publié par El Mundo se lit ainsi :

Rafael MARTÍNEZ-ORTÍZ et Emilia ROVIRA ont commencé leur histoire d’amour à Arenys de Mar, où il avait déménagé de Barcelone, où il avait vécu et étudié la médecine. Cubain de naissance, il a souvent visité la ville du Maresme parce qu’il y avait un parent. C’est ainsi qu’il rencontra celle qui sera l’amour de sa vie.  Mais ils ne se sont jamais mariés. La famille d’Emilia, d’origine aristocratique, a refusé de donner son consentement. Apparemment, la cause qui aurait pu empêcher son mariage est le fait qu’elle aurait dû abandonner sa famille pour s’installer à Cuba, “ce qui ne correspondait pas aux idées de l’époque”, a déclaré hier Elvira Ortiz, une des descendantes.

Rafael se rendit à Cuba, d’où il écrivit régulièrement à Emilia. Mais la jeune femme est morte de chagrin et d’amour à l’âge de 32 ans parce qu’elle n’a jamais reçu les lettres que Rafael MARTÍNEZ ORTÍZ lui avait envoyées. Les astuces de la famille d’Emilia les ont empêchés de vivre leur histoire d’amour et ont intercepté le courrier pour qu’Emilia n’ait pas de nouvelles de son bien-aimé.

A Cuba, Rafael MARTÍNEZ-ORTÍZ est devenu une figure publique importante au lendemain de la guerre d’indépendance. Il a fait une importante carrière politique sur l’île des Caraïbes, d’où il a été envoyé à Paris en tant que représentant politique. Rafael, qui s’est marié à Cuba, a également fondé un journal sur son île natale.  En 1926, il a été envoyé en Europe, ce qui lui a permis d’aller à Arenys de Mar afin de savoir où se trouvait feue Emilia ROVIRA. Après avoir appris la fin tragique de la jeune femme, MARTÍNEZ-ORTÍZ fit construire un panthéon de marbre noir où il voulait que les restes de son ancien amour soient placés. Rafael a commandé le panthéon à un sculpteur français, qui a sculpté un buste avec la belle image de l’Emilie à partir d’une photographie qu’elle avait donnée à Rafael avant son départ. Mais l’opposition des parents a persisté, et ils ont refusé ce transfert.

En effet, Rafael a étudié la médecine à l’Université de Barcelone. C’est encore Hug Palou i Miquel qui a mis de l’ordre dans mon histoire, en confirmant que Rafael Martínez Ortiz est né à Cuba et en identifiant le chirurgien Francisco Javier López(-Silvero) Ledón, oncle de Rafael, frère de sa mère, installé à Arenys de Mar.

Le mausolée d’Emilia

 En mai 2018, avec mon fils Ariel, nous avons quitté Samois-sur-Seine, aux abords de la forêt de Fontainebleau[32] et sommes arrivés en voiture au cimetière municipal à Arenys de Mar. Le cimetière est situé sur la colline qui offre une vue panoramique sur la mer. Martinez Ortiz a choisi un emplacement particulièrement stratégique pour placer son mausolée au sommet de la colline. Lors de son inauguration, le mausolée dominait tout le cimetière de sa hauteur, ce qui était peut-être un message éternel laissé par le Dr Martinez Ortiz à ceux qui se sont opposés à ses amours de jeunesse.

Le regard sur le buste d’Emilie ne fait qu’augmenter la tristesse de l’endroit.

Selon Hug Palou i Miquel, la municipalité d’Arenys de Mar reçut le buste d’Emilie durant l’été 1929 et l’été suivant, les pièces du mausolée furent envoyées pour être assemblées dans le cimetière municipal.  Palou i Miquel a bonifié ce récit en apportant les précisions suivantes: “En realité, le  Dr. Martínez-Ortiz a été en contact permanent avec José Casdemont, le curé de la paroisse, son représentant dans tout cette affaire, et il a aussi échangé périodiquement avec le maitre de l’ouvrage du mausolée, Antonio Rossell. [Casdemont et Rosell] ont recu les pièces et le buste”.

Comme l’indique l’inscription à droite du mausolée, c’est un entrepreneur de pompes funèbres français, les établissments Thoin, à qui le Dr Martínez Ortíz a confié le mausolée et un sculpteur français qui a sculpté le buste d’Emilia.

Les établissements Thoin pousuivent leurs activités au 4 avenue du Cimetière, adjacent au cimetière parisien de Saint Ouen (à ne pas confondre avec le cimetière de la mairie de Saint Ouen, très proche de la sortie du métro Mairie de St Ouen, depuis la très populaire ligne 13). Pour se rendre aux établissements Thoin, longez les belles rues de Saint Ouen et vous trouverez la (petite) avenue du Cimetière.

En arrivant au salon funéraire, j’ai trouvé une très bonne équipe, surprise par les photos que je leur ai montrées du monument que l’entreprise avait construit en 1929 et transporté en 1930. Malheureusement, ils n’avaient pas conservé d’archives de l’époque permettant d’identifier le sculpteur du buste. Il n’y a pas non plus de restes de la correspondance que le Dr Martínez Ortiz a probablement échangée avec les établissments Thoin pour discuter de la construction du monument et de son transfert de Saint Ouen à Arenys de Mar.

Comme on me l’a dit au salon funéraire, le mausolée a été construit en marbre granitique provenant d’une carrière vosgienne dont l’exploitation a été interrompue il y a des années. L’assemblage des différents blocs de marbre dans le mausolée a été réalisé à l’aide d’agrafes de ferraille, une technique traditionnelle d’ajustement des pierres.

Notes pour conclure et encore parler du centenaire de l’OIT

Quand j’ai commencé ce document, en relatant l’histoire de la naissance de Rafael Martínez Ortiz à Arenys de Mar qui avait été publiée dans El País, j’ai supposé que l’amour de Rafael pour Emilia et aussi pour la Catalogne avait duré toute sa vie.

Rafael Martínez Ortiz, un jeune homme né à Arenys de Mar, malgré sa passion pour l’indépendance et la politique étrangère de Cuba, son pays d’adoption, avait secrètement maintenu son engagement envers Emilia et la Catalogne, son pays natal, et vécu une bonne partie de sa vie à Paris.

L’histoire de Rafael, un diplomate latino-américain bloqué à Paris, recoupe dans une certaine mesure des éléments de ma propre vie. Lorsque j’ai quitté l’Argentine en août 1976, sans être directement influencé par la situation politique de l’époque, j’ai obtenu une bourse pour étudier le droit européen à l’Université catholique de Louvain. Dès mon arrivée à Leuven, la ville flamande où la Faculté de droit fonctionnait encore, j’ai participé au voyage organisé par le service pour les étudiants étrangers de l’UCL qui proposait une visite à Paris durant le long week-end de la célébration de l’armistice de la Première Guerre mondiale, une fête très importante en Belgique et en France.

Cette visite commémorative de l’armistice de novembre 1918, moment historique directement lié à l’origine de l’OIT, m’a permis d’établir, en novembre 1976, une liaison avec une belle et jeune parisienne. Pour mémoire, j’ai réussi à me faire accepter de la belle et jeune parisienne en lui parlant du droit européen des transports, l’intégration européenne était le sujet qui, à l’époque, nous passionnait mutuellement. La romance a été interrompue quand j’ai choisi d’épouser à Rome, à ma fiancée argentine, la mère de mes enfants Ariel et Javier.

Contrairement à Rafael et Emilia, la jeune parisienne et moi avons gardé secrètement les lettres que nous avons échangé entre Louvain et Paris. Vingt ans plus tard, séparé de la mère de mes enfants, je suis retourné à Paris et j’ai réussi à regagner l’attention de la belle parisienne, sans trop insister sur le droit communautaire ou les normes internationales du travail. Mon retour ne semble pas avoir été si désagréable étant donné que même sa propre mère a accepté de m’offrir une copie originale du Traité de Versailles de 1919, une source primordiale pour la rédaction de ce document.

Plus prosaïquement, la même semaine où j’ai pris ma retraite, j’ai obtenu la nationalité suisse, mettant fin à un de mes rêves du début de ma carrière de fonctionnaire international. Lorsque j’ai rejoint l’OIT, je ne pensais pas à mon pays d’origine et je croyais naïvement que travailler dans une agence des Nations Unies ferait de moi un “citoyen du monde”. Le Laissez-passer des Nations Unies a été le sésame qui m’a ouvert les portes de tous les pays et les couloirs privilégiés dans les aéroports pour le personnel des compagnies aériennes et les diplomates.

En rédigeant ce document, j’ai pu mieux connaître les circonstances vécues lors de la Conférence de Paix et le rôle joué par les seuls Latino-Américains présents à la Commission de la législation internationale du travail où l’acte fondateur de l’OIT a été élaboré. Le fait que le seul personnage latino-américain sur la photo prise le 25 janvier ou le 1er février 1919 soit finalement de Santa Clara ne cesse d’exciter mon imagination argentine.

Cependant, il m’a toujours semblé que la connaissance du contexte historique (géographique et économique) et la discussion des arguments de toutes les parties, fondés sur le droit, devrait persuader les secteurs impliqués dans un conflit social de renoncer à la violence. Mettre la violence de côté et accepter des procédures qui permettent de parvenir à des accords et à un consensus est au cœur des discussions en cours sur la consultation des peuples autochtones établi par la convention no 169.

Nous avons quitté Genève pour prendre notre retraite en Espagne et j’ai été très surpris de me retrouver en plein « procès » catalan. Le point de contact précis entre le « procès » catalan et les questions que j’ai abordées dans ce document se trouve dans le livre de Ph. Sands[33], qui prend comme point de départ le massacre des Juifs à Lemberg en novembre 1918 pour discuter les concepts de crime contre l’humanité et de génocide élaborés par deux juristes “lemberiks”, Hersch Lauterpacht et Rafael Lemkin.

La situation de la Catalogne était présente à la Conférence de Paix lorsque certaines délégations se sont opposées à la possibilité pour toute minorité de présenter ses revendications à la Société des Nations, sans aucun filtre du secrétariat et sans le consentement des gouvernements concernés : “It would clearly be inadvisable to go even the smallest distance in the direction of admitting the claim of the American negroes or the southern Irish, or the Flemings or Catalans to appeal to an interstate conference over the head of their own government. Yet if the right of appeal is granted to the Macedonian or the German Bohemians it will be difficult to refuse it in the case of other nationalist movements[34]”.

Un autre responsable britannique, en mai 1919, Sir James Headlam-Moreley, a indiqué :

“… il serait très dangereux de permettre aux habitants ou aux citoyens de tout État de faire appel directement à la Société des Nations, et pas seulement par l’intermédiaire de leurs gouvernements. Si ce principe est violé, on pourrait arriver à une situation où, par exemple, les francophones du Canada, les juifs américains, les catholiques d’Angleterre, les Gallois, les Irlandais, les Écossais, les Basques, les Bretons ou les Catalans pourraient se tourner vers la Société des Nations et dénoncer les abus dont ils ont été victimes[35]“.  

Les revendications catalanes n’ont pas pu être discutées devant la Société des Nations[36]. Outre les obstacles formels, les initiatives catalanes auraient dû surmonter les réticences de l’un des fonctionnaires les plus éminents de la section pour la protection des minorités, Pablo de Azcárate[37], qui, entre 1922 et juillet 1936, a travaillé dans cette section et en a également été le directeur[38].

Ce qui m’a surpris dans la performance de Pablo de Azcárate dans la section sur la protection des minorités est résumé dans cette phrase, écrite en juillet 1929 : « je ne crois pas possible d’affirmer que la Société des Nations soit appelée à prêter secours aux minorités, mais plutôt à garantir l’exécution des Traités sur les Minorités »[39].

À mon avis, cette pensée de Pablo de Azcárate reflète les difficultés que rencontre l’OIT lorsqu’elle laisse en suspens certaines questions particulièrement difficiles, notamment en ce qui concerne les minorités ethniques.

Les minorités ethniques se plaignent à l’OIT des persécutions dont elles sont victimes. Les mécanismes de contrôle de l’OIT ne semblent pas à la hauteur des attentes des groupes les plus vulnérables quant au respect des engagements pris lors de la ratification des conventions internationales du travail[40].

Les circonstances actuelles sont trop proches des conditions qui existaient lorsque la Société des Nations et l’OIT ont été créées. Nous assistons à une recrudescence atroce de la violence, qui nous éloigne de la paix durable avec la justice sociale dont ont rêvé les membres de la Commission de la législation internationale du travail en 1919.

Si discuter de “l’avenir du travail” est intéressant, les questions en suspens depuis 1919 ne sont toujours pas résolues.

Remerciements

En premier lieu, je voudrais remercier Hug Palou i Miquel, le Directeur de l’Archive municipal d’Arenys de Mar de m’avoir fourni des informations sur Rafael Martínez Ortíz et la construction du mausolée. Il m’a aussi indiqué que je ne devais pas confondre le nom officiel du cimetière municipal d’Arenys avec le mot « Sinera » utilisé dans le recueil de poésies « Cementiri de Sinera ». En effet, le poète catalan Salvador Espriu, dans le recueil mentionné, a utilisé, en sens inverse, les lettres qui composent le nom de la ville d’Arenys.

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à Pierre Sayour d’avoir établi la version française de mon texte. Pierre a été un de rares collègues du département des normes internationales du travail qui m’a toujours frappé par sa modestie. Pierre est un grand syndicaliste avec lequel j’ai été, quelquefois, en total désaccord.

Pour ne pas froisser la proverbiale modestie de Pierre, je voudrais terminer par le récit d’une histoire qui concerne Cuba, la mère de Pierre et mon travail au Bureau : Madame Sayour occupait un poste stratégique quand j’ai fait mes premiers pas, en tant que stagiaire, au département, entre septembre 1986 et mars 1987. Pendant mon stage, j’avais continué à travailler comme consultant pour le Secrétariat économique de l’Amérique latine, le SELA, et j’avais été invité, au nom du SELA, à participer à une réunion ministérielle du Groupe des 77 prévue à La Havane, en vue d’une conférence de la CNUCED. Un vol charter de la compagnie aérienne cubaine allait amener le personnel de la CNUCED et autres dignitaires qui devaient assister à la conférence.

Je voulais donc interrompre mon stage au BIT, ce qui n’était pas du tout du gout de celui qui avait manœuvré pour me donner l’opportunité d’avoir un vrai travail, mon très cher ami Héctor Bartolomei de la Cruz. Héctor n’avait pas eu des difficultés à comprendre que je voulais partir sous les cocotiers et abandonner le travail au département à ce moment crucial de la relecture, après la réunion de la commission d’experts que Héctor avait, à l’époque, la haute responsabilité de coordonner.

Je devais donc contrarier Héctor et obtenir l’aval de quelqu’un de plus haut placé, Monsieur Dao, le chef de service. Pour appuyer ma démarche, devant moi, Madame Sayour a interpellé à M. Dao, le chef de service, en lui disant qu’il ne pouvait pas me retenir si j’avais un engagement (payé) ailleurs.

Et je suis parti à Cuba, où j’ai logé au Hilton, fumé un cigare, donné la main à Fidel, mangé des langoustes, visité la Bodeguita del Medio et autres endroits mythiques.

Malgré mon escapade cubaine, le département a accepté de me reprendre pour le reste de ma vie professionnelle.

Avant de conclure, je voudrais aussi remercier Germán López Morales qui pense que j’avais été trop modeste de dire que le seul succès que j’ai eu dans ma carrière avait été de corriger le nom du délégué cubain dans la photo de la Commission de la législation internationale du travail. Prenant un café à La Biela, à quelques pas de la tombe du Comte Zolotowksi, Mario Ackerman s’est souvenu de l’énergie que j’avais mise pour obtenir que la commission d’experts se prononce sur le besoin de protéger les travailleurs en cas de licenciement injustifié. Je crois que d’autres collègues auraient pu défendre, avec le même succès, le besoin de garder le dogme du plein emploi, productif et librement choisi ou de s’assurer de l’efficacité des consultations tripartites en matière de normes internationales du travail.

Pour clore ce récit, je voudrais convoquer une dernière fois l’esprit qui a régné au moment de la photo prise en 1919 et le souvenir de quelques collègues et de ma famille qui ont tellement contribué au fait que le travail au Bureau ait été particulièrement agréable.

[1]  Burgos, A., Contrastes europeos y orientación americana, Roma, Tipografía Failli, 1925.

[2] www.eltonodevoz.com La photo du docteur Martínez Ortíz accompagne l’article de Jorge Ferrer intitulé “Primera transición…”, publié le 16 juillet 2007/16 août 2010.

[3] BIT, Commission de la législation internationale du Travail. Bulletin officiel, vol. I, (Genève), pp. 1-260 – Disponible en :
http://www.ilo.org/legacy/french/lib/century/sources/sources1919.htm

[4] En 2017, sous le titre Retour à Lemberg, Philippe Sands a publié un livre magistral : East West Street. On the Origins of “Genocide” and “Crimes against Humanity”, 2016. Voir plus loin une autre reference à l’ouvrage de Ph. Sands, note 32.

[5] “On January 23 [1919], the government of Czechoslovakia, capitalizing on Poland’s distraction, sent troops across the demarcation line established on November 5, 1918, by the two national councils, a frontier that largely conformed to the province’s ethnic composition. […] The next day, January 24, 1919, the Great Powers issued a “solemn warning” against further coups de main. Echoing their earlier empty admonitions to Romania and to Poland, the council proclaimed its collective moral and political authority over the entire region of Eastern Europe”. Fink, Carole. Defending the Rights of Others. The Great Powers, the Jews, and International Minority Protection, 1878-1939, Cambridge University Press, 2004, pp. 142-143.

[6] Informations sur la page Wikipedia relatives à Samuel Gompers.

[7] Di Palma Castiglione, G. E., Italian Immigration into the United States 1901-4, The American Journal of Sociology, Vol. 11, No. 2, Sep. 1905. Disponible sur: https://www.jstor.org/stable/2762660?seq=1#page_scan_tab_contents

[8] Nouvelle Anthologie, 16 août 1928, fascicule 1354, pages 504-517

[9]  Gramsci, A. Quaderni del Carcere, cuaderno II, párrafo 84.

[10] Eduardo Zamacois est né à Cuba en 1873 et est mort à Buenos Aires en 1971. Romancier et journaliste bien connu en son temps, ses œuvres sont complètement tombées dans l’oubli.

[11] Cuba pendant les années de la Première Guerre mondiale,
http://www.elgrancapitan.org/portal/index.php/articulos3/historiamilitar/569-cuba-en-los-anos-de-la-1-guerra-mundial

[12] “Les États-Unis ont organisé l’achat mondial des récoltes cubaines et les prix ont été déterminés par leurs mécanismes de contrôle pour la guerre, de sorte qu’en 1917-1918 a été payé à 4,60 cents la livre et en 1918-1919 à 5,50 cents la livre. C’était la principale contribution que Cuba apportait aux alliés de la guerre mondiale. D’autre part, durant cette période des capitaux américains se sont portées massivement sur Cuba, au point où l’île est devenue le premier bénéficiaire des investissements américains sur le continent. Lopez Civeira, F., El dulce cubano en la Primera Guerra Mundial, 6 août 2104, http://www.trabajadores.cu/20140806/eldulce-cubano-en-la-primera-guerra-mundial/

[13]  Burgos, A., Contrastes europeos y orientación americana, Rome, 1925, pages 117-118.

[14] Burgos, A., ibíd., pages 118-119.

[15] Fernando Ortiz (La Havane, 1881-1969). La Fondation Fernando Ortiz de La Havane (http://www.fundacionfernandoortiz.org/index.php) offre les informations suivantes : F. Ortiz commence ses études de droit à l’Université de La Havane et obtient un baccalauréat de l’Université de Barcelone en 1900 et un doctorat à Madrid en 1901. En 1902-1905, il travaille au service consulaire cubain en Italie et suit les cours de criminologie de Cesare Lombroso et Enrique Ferri. Avec un prologue de Cesare Lombroso, F. Ortiz publie Hampa Afro-cubana. Los negros brujos. Apuntes de etnografía criminal, 1906. Pendant une décennie (1917-1927), F. Ortiz a été élu à la Chambre comme représentant du Parti libéral. F. Ortiz est considéré comme “le précurseur des études sur la culture africaine à Cuba… dans son ouvrage fondateur, le  Contrapunteo cubano del tabaco y el azúcar [1940] introduit le concept de transculturation, considéré par Bronislaw Maniloswski comme une de ses plus grandes contributions à l’anthropologie culturelle”. Aux États-Unis, un livre a été publié en son honneur : Cuban Counterpoints : The Legacy of Fernando Ortiz, sous la direction de Mauricio A. Font et Alfonso W. Quiroz. Lexington Books, 2005.

[16] Cuba en la Paz de Versalles. Discurso pronunciado en la Cámara de Representantes en la sesión del 4 de febrero de 1920 por Fernando Ortiz, Vicepresidente de la Cámara por el Partido Liberal. La Universal, 1920. Publication cataloguée à la Library of Congress, qui ne figure pas dans la liste des publications de la Fondation Fernando Ortiz.

[17] Le principe dirigeant selon lequel “le travail ne doit pas être considéré simplement comme une marchandise ou un article de commerce” a été adopté par la Commission de la législation internationale du travail lors de sa réunion du 11 mars 1919 à Paris, à l’unanimité, par 11 voix pour tous ses membres. Ce texte a été incorporé à l’article 427 du Traité de Versailles. La Déclaration de Philadelphie (mai 1944), qui a été incorporée dans la Constitution de l’OIT, simplifie l’expression de 1919 et dit : “Le travail n’est pas une marchandise”.

[18] Cosme de la Torriente prononça deux discours pour souligner l’importance du vote en faveur de Don Antonio et les difficultés diplomatiques surmontées pour obtenir son élection, en mars 1922, à l’occasion de la cinquième conférence annuelle de la Société cubaine de droit international. James Brown Scott (États-Unis), Alejandro Álvarez Jofré (Chili) et Luis Anderson Morúa (Costa Rica) étaient présents. Cosme de la Torriente, ‘Bustamante and the Permanent Court of International Justice and Cuba’ et ‘The United States of America and the League of Nations’, International Conciliation, septembre 1922.

[19] C. Wilfred Jenks (1909-1973) a été le sixième Directeur général de l’OIT. Voir la biographie très détaillée : Jaci L. Eisenberg, ‘Jenks, Clarence Wilfred’ in IO BIO, Biographical Dictionary of Secretaries General of International Organizations, Edited by Bob Reinalda, Kent J. Kille and Jaci Eisenberg,
http://www.ru.nl/fm/iobio.

[20] The Contemporary Review, February 1931, pages 209-218.

[21]   Ibíd., p. 211.

[22] Alejandro Álvarez Jofré (1868, Santiago du Chili – 1960, Paris) a réussi à être juge à la Cour internationale de Justice de 1946 à 1955 en écrivant ” les fameux Avis dissidents d’une des affaires sur le Sahara occidental, cité par Henkin et Schachter comme base du droit international du développement. Il a écrit d’innombrables ouvrages sur le droit international public “, selon Wikipédia. Voir également la référence à Álvarez Jofré à la note 18.

[23] A la Cour permanente, seuls deux juges brésiliens ont siégé : Ruy Barbosa de Olivera (1922-1923), puis Epitacio da Silva Pessôa (1924-1930). Information tirée d’une publication du Secrétariat de la Cour internationale de Justice : La Cour permanente de Justice internationale, La Haye, 2012, p. 206.

[24] José Gustavo Guerrero (San Salvador, 1876 – Nice, 1958) a étudié à l’Université d’El Salvador, où il s’est distingué par son activité politique militante contre le général Rafael Antonio Gutiérrez, président de son pays. Il a dû poursuivre ses études de droit à l’Université nationale du Guatemala, où il a obtenu son diplôme en 1898. Cette année-là, M. Guerrero retourne à son pays où il entreprend une activité politique qui l’amène à devenir ministre des Affaires étrangères (1927-1928) et à présider l’Assemblée de la Société des Nations de 1929 à 1930. M. Guerrero a été magistrat et président de la Cour internationale permanente de Justice jusqu’à sa dissolution en 1946. M. Guerrero a été nommé à la Cour internationale de Justice et en a été le premier président (1946-1949).

[25] Francisco José Urrutia Ollano (Popayán, 1870 – Bogotá, 1950), juriste, homme politique et diplomate colombien. Après avoir été ministre des Affaires étrangères (1908-1909, 1912-1914), il a représenté la Colombie devant la Société des Nations et l’OIT. En 1931, il préside le Conseil de la Société des Nations et obtient sa nomination comme juge à la Cour permanente (1932-1942).

[26] Julio López Oliván (1891-1964) diplomate espagnol, en poste à l’Ambassade de la République espagnole à Londres, il aurait soutiré des fonds de la République en faveur de l’achat d’armes pour les rebelles. Quand Pablo de Azcárate est nommé par la République à Londres, López Oliván s’installe à La Haye où il devient Greffier de la Cour Permanente (octobre 1936-1946). López Oliván a été nommé Greffier de la Cour internationale entre 1953 y 1960. Sur Pablo de Azcárate voir notas 35-39.

[27] Les ratifications suivantes ont été enregistrées le 7 juillet 1928 : convention n° 13 (céruse (peinture)), convention n° 16 (examen médical des mineurs (travail maritime)), convention n° 22 (contrat d’engagement des gens de mer), convention n° 23 (rapatriement des gens de mer).

[28] Les ratifications suivantes ont été enregistrées le 6 août 1928 : Convention no 3 (protection de la maternité), Convention no 4 (travail de nuit (femmes)), Convention no 5 (âge minimum (industrie)), Convention no 6 (âge minimum (mineurs)), Convention no 7 (âge minimum) (travail maritime)), Convention no 3 (protection de la maternité), Convention no 4 (travail de nuit (femmes), Convention no 5 (âge minimum), Convention no 6 (âge minimum) (industrie) et convention no 7 (âge minimum)) 8 (indemnisation du chômage (naufrage)), convention n° 17 (indemnisation des accidents du travail), convention n° 18 (maladies professionnelles), convention n° 19 (égalité de traitement (accidents du travail)), convention n° 20 (travail de nuit (boulangerie)).

[29] Maison d’édition “Le livre libre” 141, Boulevard Péreire, Paris, 1929. La version numérique des deux volumes peut être consultée à la Biblioteca Digital Hispánica : http://bdh.bne.es/bnesearch/detalle/bdh0000015405n

[30] Rafael Montoro (1852-1933), fondateur et idéologue du Parti libéral autonome, auquel appartenait également Martínez Ortíz.  Rafael Montoro a été secrétaire d’État sous la présidence du général Machado, tout comme Martínez Ortiz.

[31] Tomás Estrada Palma (1835-1908) fut le premier président élu de Cuba (1902-1906).

[32] Selon El Mundo, le Dr Martínez Ortiz mourut à Fontainebleau en 1932. A la mairie de Fontainebleau, on m’a dit qu’il n’y avait pas de tombe au cimetière municipal au nom de Rafael Martínez Ortiz.

[33] Ph. Sands, Retour à Lemberg, op. cit., page 110.

[34] Alfred Zimmern, Paper on the League of Nations, FO 371/4353 (PC 29/29), cite par C. Fink, Defending the Rights of Others, op. cit., page 154 note 136.

[35] J. Headlam-Moreley, Memorandum on the Right of Appeal of Minorities to the League of Nations, 16.V. 1919, in A memoir of the Paris Peace Conference, 1919, Londres, 1972, pp. 108-109, cité et traduit de l’anglais vers l’espagnol par Xosé M., “A memoir of the Paris Peace Conference”, 1919, Londres, 1972, pp. 108-109. Núñez Seixas, La cuestión de las minorías nacionales en Europa y la Sociedad de las Naciones (1919-1939) : el contexto histórico de la actuación de Pablo de Azcárate, in Pablo de Azcárate, Minorías Nacionales y Derechos Humanos, Congreso de los Diputados, 1998, page 67.

[36] Xosé M. Núñez Seixas, Nacionalismo y política exterior: España y la política de minorías de la Sociedad de las Naciones (1919-1936), Hispania (Madrid), 55:189 (1995: enero/abril).

[37] La Commission des affaires étrangères du Congrès des députés et de l’Université Carlos III de Madrid ont publié un livre en l’honneur de Pablo de Azcárate, Minorías Nacionales y Derechos Humanos, Madrid, 1998. L’œuvre comprend une contribution de son fils Manuel Azcárate, l’étude précitée de Núñez Seixas et la traduction espagnole d’une monographie de Pablo de Azcárate publiée en anglais.

[38] Pablo de Azcárate a démissionné de son poste à la Société des Nations et a accepté la représentation diplomatique de la République espagnole, d’abord à Paris puis à Londres. A Londres, Pablo de Azcárate a remplacé Julio López Olivan. Sur Julio López Olivan, voir note 26.

[39] Nuñez Seixas, Nacionalismo y política exterior, op. cit., note 90.

[40] https://natanelkin.wordpress.com/2018/06/13/matanza-de-dirigentes-indigenas-de-saweto-sin-condenar-la-oitdeja-prosperar-la-impunidad/

Traduction en français par Pierre Sayour


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Accès au parking pour les visiteurs

Category : Actualités

Chers(ères) collègues,

Nous vous informons qu’à compter du 11 novembre 2019, l’accès au parking P1 sera complètement fermé pour travaux jusqu’à la fin février 2020. En conséquence, aucun stationnement (véhicules, motos et cycles) ne sera possible et les portes d’accès au P1 nord et sud seront fermées.

Durant la période des travaux, les mesures suivantes seront appliquées :
• Le parking P2 sera utilisé en remplacement du parking P1 et accueillera les visiteurs.
• Des emplacements pour les cycles et les motos seront également mis à disposition au P2.
• Les places attribuées au P1 de façon nominative seront transférées au P2 et des panneaux seront mis en place afin de les identifier (l’ouverture de la barrière du P2 se fait sur lecture du badge personnel à la borne d’accès).
• L’accès au bâtiment pour les piétons se fera depuis le parking P2 et P3. En dehors des heures d’ouverture du Bureau, l’accès se fera par le SAS du parking P2.
• Le lieu de dépose/prise en charge des taxis se situera dans la zone d’attente « banane » située à droite, avant l’entrée du quai de livraison.
En conséquence, le personnel est prié de se garer aux parkings P3 et P4. Il sera possible d’utiliser le parking P5 pour les véhicules hors gabarit ou ayant un poste de conduite à droite.

Pour votre sécurité, nous vous prions de suivre la signalétique et les instructions des gardes de sécurité.

Il est donc rappelé que tous les véhicules, incluant les motos, scooters et cycles doivent être enlevés du P1 le vendredi 8 novembre 2019 au plus tard.

Veuillez nous excuser pour les désagréments occasionnés.

Nous vous remercions de votre compréhension et comptons sur votre collaboration.

INTSERV/SECURITY